En raison des risques sanitaires, les parloirs ont été suspendus pour tous les détenus de France. Une décision qui fait, un peu plus encore, monter la pression en prison. Plusieurs avocats témoignent de l'affolement de leurs clients en détention.

Vue intérieure de la prison de Fresnes
Vue intérieure de la prison de Fresnes © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

Les avocats pénalistes qui ont eu des nouvelles de leurs clients en détention disent à peu près tous la même chose : “ils sont angoissés”, “très stressés”, “comme fous”. Tous parlent d’une véritable crispation dans les prisons. Elle va crescendo depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Elle s’est sérieusement accentuée depuis l’annonce, par l’administration pénitentiaire, de la suppression des “parloirs famille”, ces moments qui permettent aux détenus de recevoir la visite de leurs proches.

Comme nombre de ses confrères, Me Sarah Mauger-Poliak, avocate au barreau de Paris, a été fortement sollicitée ces derniers jours par ses clients en détention et leurs familles : "Ils sont extrêmement inquiets, à la fois pour leur santé en cas de propagation du virus, étant donné les conditions d’accès aux soins, et pour leurs conditions de détention."

Plus aucune remise en liberté

En raison des risques sanitaires, l’administration pénitentiaire a ainsi suspendu toutes les activités faisant appel à des intervenants extérieurs : enseignement, formations professionnelles, activités socio-culturelles, travail. Même si plusieurs détenus ont fait état de promenades supprimées hier à Fresnes, l’administration pénitentiaire assure qu’elles sont maintenues, quotidiennement, ainsi que les activités sportives. À condition d’être “en petits groupes pour réduire les risques”. Les permissions de sortie, en revanche, été suspendues. Ainsi que les remises en liberté.

Ainsi, ce détenu de Châteaudun a vu sa sortie de prison repoussée. La maison d’arrêt avait pourtant organisé sa remise en liberté, fournissant une attestation à sa sœur pour lui permettre de venir le chercher, malgré le confinement. Mais finalement non : l’homme reste détenu au moins quinze jours supplémentaires. Une décision jugée "scandaleuse et contraire aux recommandations du Contrôleur général des lieux de privation de liberté" par son avocate, Me Marie Dosé. 

Des détenus inquiets pour leurs familles

Les craintes désormais sont celles de voir éclater des violences dans les lieux de détention. “Certains détenus ont des personnes de leur famille contaminées”, ajoute Me Mauger-Poliak. “Ils se sentent impuissants.” Comme ce détenu de Villepinte dont la sœur et les parents sont contaminés par le virus, l’un d’eux dans un état inquiétant. “Il est totalement affolé et il ne sait pas quoi faire à part multiplier les demandes de remise en liberté”, poursuit son avocate.

Afin de limiter l’isolement des détenus, en espérant faire baisser un peu la tension, l’administration pénitentiaire affirme réfléchir à un assouplissement du règlement pour l’usage des téléphones. Même si, dans les faits, de très nombreux détenus disposent déjà de portables clandestins en cellule.

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