Il commence à se faire tard, de nombreux avocats se sont succédé à la barre quand vient le tour de Me Jean-Alain Michel. Aussi discret pendant l’audience que son client prévenu, Martin d’Orgeval, Jean-Alain Michel, un côté vieil ours barbu en robe noire, oscille entre poésie et cynisme.

Je serai seul à présenter la défense de Martin d’Orgeval et je crois qu’il n’est pas nécessaire qu’il en soit autrement.

Avant tout, je voudrais dire mon admiration au procureur de la République. Car dans la première moitié de votre réquisitoire, vous avez été un brillant avocat de la défense. Vous avez défendu des magistrats - de Nanterre, de Bordeaux -, vous avez été votre propre avocat. Vous avez défendu des experts, des témoins, des gens importants – ministres, avocats … c’était formidable.

(…) Vous relaxerez Martin d’Orgeval parce qu’il n’est pas coupable des trois infractions dont il est accusé. Sur l’abus de faiblesse, j’observe que des médecins disent blanc, des médecins disent gris, des médecins disent noir. Comment allez-vous choisir ? Le prix total des tableaux correspond à peu près à un jour de ressource de Mme Bettencourt. Ils sont donnés en nue-propriété : comment cela peut-il être gravement préjudiciable ? Faisons une seconde de justice fiction : imaginons que vous ayez un dossier dans lequel à l’enquête existent seulement les deux cadeaux faits par Mme Bettencourt à Martin d’Orgeval, pensez-vous que cela aurait fait procès ? Vous devez traiter cette situation comme si elle était seule et de manière indépendante. Martin d’Orgeval a-t-il fait quelque chose pour être coupable de blanchiment ? L’article de loi dit : « apporter son concours une opération de placement ». Quel concours a-t-il apporté ? Rien. Il n’y a pas de blanchiment passif.

Attention, il est coupable. Parce que c’est le toutou que François-Marie Banier envoyait pour faire la bise. C’est au Moyen-Age que les animaux étaient jugés. Vous aurez du mal à faire juger un « toutou ». Ah mais pour le procureur de la République, il est l’ « ombre » de Banier. Faut-il rappeler au procureur de la République que c’est seulement dans les films de science fiction que l’on poursuit les ombres.

Martin d’Orgeval c’est une toute petite part de la vie de Liliane Bettencourt. Grace à elle c’est vrai, des années plus tard, il vit désormais de son travail. Ce jeune homme qui n’est plus un jeune homme se demande ce qu’il a bien pu faire de mal pour réclamer une telle opprobre.

Nous ne savons presque rien de cette terrible maladie d’Alzheimer. Peut-être Mme Bettencourt s’est-elle réfugiée dans le monde des rêves. Si tel est le cas, je pense que dans ces sentiers éthérés, chemine parfois à ses côtés son ami Martin.

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