Au troisième jour du procès de Jacques Rançon, la Cour d'assises des Pyrénées-Orientales entendait les proches de l'homme jugé pour avoir violé, tué et mutilé deux femmes, et tenté de violer deux autres. Parmi ces proches il y a son fils David.

Un fossé infranchissable a semblé séparer Jacques Rançon de son fils David
Un fossé infranchissable a semblé séparer Jacques Rançon de son fils David © AFP / Raymond Royg

David Rançon est un beau jeune homme de 30 ans, les cheveux blonds décolorés, blouson de cuir beige et bottes assorties, il est responsable de magasin. Il n’a pas un regard pour son père, dans le box. Il n’y a pas de haine, ni de colère dans sa voix. 

Ce père, il l’a si peu connu. Il n’a quasiment aucun souvenir des quatre premières années où ses parents vivaient ensemble. Quand son père est en prison, il lui rend visite, une fois ; il se souvient que c’est lui qui avait demandé à le voir. 

Collégien, son père, à nouveau incarcéré, lui écrit qu’il va lui acheter une mobylette, qu’ensemble, ils vont rattraper le temps perdu… Ils ne se reverront que 10 ans plus tard. 

David a 25 ans, c’est la nouvelle compagne de son père qui le contacte. "Au début j’étais pas trop pour", dit-il. Il va finalement passer 15 jours à Perpignan. "Avez-vous pu rattraper le temps perdu ?" demande le président. "Pas du tout. On communiquait très peu, je suis surtout resté avec les enfants et avec sa compagne. J’espérais le connaître comme il était. On ne peut pas dire que j’ai été déçu… je n’avais pas de grandes attentes." 

David Rançon est prudent, comme s’il se tenait au bord d’un gouffre. 

On demande à Jacques Rançon pourquoi il a effacé le cœur avec le prénom de David qu’il s’était fait tatouer sur le bras : "je ne me souviens plus" répond l’accusé. Le fossé semble infranchissable. 

"Si vous voulez dire quelque chose à votre fils, c’est le moment ou jamais", lance le président. Après un silence, Jacques Rançon, pour la première fois, se lance. "Je te demande pardon d’avoir été un si mauvais père. Je pense qu’on ne se verra plus jamais, alors je te dis adieu." Il plante ses yeux dans ceux de son fils. Le temps est suspendu, le jeune homme ne bronche pas. 

Quand ses avocats demandent à Jacques Rançon ce qu’il ressent pour son fils, David intervient : "est ce que je suis obligé d’écouter la suite ?" Jacques Rançon s’arrête net : "c’est pas la peine", lâche-t-il, avant de se rasseoir.

► SUIVRE | Le compte rendu de procès sur Twitter avec Corinne Audouin

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