Instant d'audience par Octave Ly
Instant d'audience par Octave Ly © Esba TALM - Angers

On finira par tout savoir (ou presque) de ces deux produits inconnus du grands public. A tel point qu’on ne les appelle désormais plus que par leurs petits noms : Hypnovel et Norcuron. L’un est un sédatif, l’autre une substance de la famille des curares. Tous deux ont un usage limité aux hôpitaux, pas de vente en pharmacie. Tous deux ont été utilisés par Nicolas Bonnemaison.

Alors on les décortique. Quels effets? Quels effets secondaires? Quel usage? A quelles doses? “20 milligrammes” affirme un témoin à la barre. Telle serait la dose à partir de laquelle une injection d’Hypnovel deviendrait létale. “Il y a des patients qui avec 20 milligrammes respirent toujours”, modère l’expert Patrice Bodenan à la barre. Sur les patients pour l’empoisonnement desquels il comparaît, Nicolas Bonnemaison a injecté une ampoule. On sait désormais que cela correspond à 5 milligrammes.

L'expert Patrice Bodenan à la barre par Thomas Mélandre
L'expert Patrice Bodenan à la barre par Thomas Mélandre © Esba TALM - Angers

Le curare, lui, fait beaucoup plus débat. Utilisé en anesthésie, lorsque le patient est intubé, il permet, en paralysant les muscles respiratoires, d’éviter des mouvements réflexes du patient. Mais en fin de vie? Sans intubation, il provoque la mort. Cela est certain. “Voir écrit “curare” dans un dossier, c’est plus que pas banal”, relève à ce titre l’inspectrice de l’Igas chargée d’enquêter sur le centre hospitalier de Bayonne.

A l’audience, Nicolas Bonnemaison s’explique : “le norcuron, je l’ai utilisé une fois, dans des conditions très particulières, face aux gasp” - ces mouvements respiratoires de l’agonie, unanimement décrits à l’audience comme “épouvantables”. Et si pour l’expert Pierre Coriat, chef du service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital de La Pitié-Salpétrière et venu déposer à la barre, “les curares ne sont pas des agents de sédation”, il modère : “au cours de la sédation, meuvent apparaître des états cliniques comme le gasp dans lesquels les curares pourraient avoir une indication.“

Mais, pour les jurés, une seule question importe finalement : de l’usage de ces substances peut-on conclure qu’il y a eu intention de donner la mort?

► ► ► ALLER PLUS LOIN| L'affaire Bonnemaison : dossier complet et procès en live

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.