Le procès d'Alexandre Benalla et trois autres prévenus s'ouvre ce lundi après-midi devant la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Il doit durer trois semaines, et aborder de nombreux volets de cet imposant dossier. Voici de quoi s'y retrouver.

Alexandre Benalla, ancien responsable de la sécurité d'Emmanuel Macron, doit être jugé pendant trois semaines.
Alexandre Benalla, ancien responsable de la sécurité d'Emmanuel Macron, doit être jugé pendant trois semaines. © AFP / Jacques Demarthon

Trois ans après le scandale, l'ancien chargé de mission de l'Élysée doit comparaître à partir de ce lundi 13 septembre à Paris. Une procès qui doit durer trois semaines. Alexandre Benalla a aujourd'hui 30 ans. Il est soupçonné d'avoir frappé un couple en marge d'une manifestation du 1er mai à Paris. Il devra aussi s'expliquer sur l'utilisation de passeports diplomatiques et de service, alors qu'il n'était plus à l'Élysée.

La vidéo "de la Contrescarpe", ou comment l'affaire a éclaté

Le 18 juillet 2018, le journal Le Monde publie sur son site Internet la vidéo d'un chargé de mission de l'Elysée en train de procéder à une interpellation place de la Contrescarpe, dans le Ve arrondissement de Paris, en marge des manifestations du 1er mai de la même année. Cette vidéo, tournée par le vidéaste Taha Bouhafs, a déjà circulé sur les réseaux sociaux le soir des faits, mais, à ce moment-là, seules quelques personnes savent qui est sur les images. Ce n'est donc qu'avec la publication du Monde que le grand public découvre l'identité de celui que l'on voit sur la vidéo : Alexandre Benalla, alors âgé de 26 ans, responsable, notamment, de l'organisation et la sécurité des déplacements publics et privés d'Emmanuel Macron.  

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Comment Alexandre Benalla s'est-il retrouvé dans le dispositif du 1er mai ?

Le jeune homme a fait savoir à Laurent Simonin, l'un de ses interlocuteurs à la Préfecture de police de Paris, qu'il serait intéressé par le fait de suivre une manifestation potentiellement violente, dans le but de voir comment s'organisent les forces de l'ordre face aux black blocs. Laurent Simonin, contrôleur général à la Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC), lui propose alors d'intégrer comme observateur le dispositif policier du 1er mai 2018, à Paris. Il ne s'agit en aucun cas de le laisser intervenir. Alexandre Benalla affirme avoir sollicité et obtenu l'accord oral du directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda. Il propose ensuite à son ami Vincent Crase, gendarme réserviste et rattaché à la compagnie de sécurité de la présidence de la République, de l'accompagner le jour-J.

Que s'est-il passé place de la Contrescarpe ?

Le 1er mai 2018, Alexandre Benalla et Vincent Crase sont placés sous la responsabilité du commissaire Philippe Mizerski, le temps de leur observation. Ce dernier expliquera aux enquêteurs avoir vu les deux observateurs dépasser les CRS et intervenir sans que lui-même n'ait eu le temps de réagir. Or, les deux hommes ne sont pas censés prendre part aux opérations, mais uniquement regarder comment elles se déroulent. Lors d'une audition, Philippe Mizerski jugera qu'Alexandre Benalla a agi "en électron libre".  

Tous les témoins, y compris dans les rangs des forces de l'ordre, affirment avoir pensé que les deux hommes étaient des policiers en civil, d'autant qu'Alexandre Benalla porte un casque siglé du logo de la Police nationale. Un CRS remettra même au chargé de mission Chloé P., qui vient d'être interpellée, pensant avoir à faire à un collègue. Alexandre Benalla fait alors à la jeune femme une "balayette" pour l'amener au sol. Il dira plus tard aux enquêteurs l'avoir retenue pendant son geste, pour éviter qu'elle ne chute violemment.  

Pendant ce temps, Vincent Crasse procède à l'interpellation de Georgios D., compagnon de Chloé. Il le remet ensuite à Alexandre Benalla, qui fait une clé de cou à Georgios D, lui assène un coup de poing puis le frappe sur la tête, avant de trébucher et donner un coup au ventre du jeune homme, dont les enquêteurs n'arrivent pas à déterminer s'il était intentionnel ou non. Georgios D., quoi qu'il en soit, se plie en deux de douleur. Ce sont ces images qui ont déclenché l'affaire. Avisée, l'IGPN jugera, dans un premier temps, la méthode d'interpellation réglementaire. Les enquêteurs de l'Inspection générale de la police nationale pensent alors qu'elle a été menée par un policier, dans le cadre de "l'usage légitime de la force". Georgios D. se voit prescrire six jours d'ITT. Le couple sera condamné, en février 2019, à 500 euros d'amende pour des jets de projectiles sur les policiers.  

Que s'est-il passé ensuite ? 

Les images tournées place de la Contrescarpe sont mises en ligne dans la soirée, et circulent sur les réseaux sociaux. Deux employés de la Préfecture de police chargés de la veille sur Internet préviennent alors Philippe Mizerski qu'il y a "un problème". Alexandre Benalla informe Alexis Kohler, secrétaire général de l'Elysée, de l'existence des images, et prévient : "Sortie de son contexte, cette scène peut paraître violente.". Le 3 mai, le chargé de mission se voit notifier une suspension de 15 jours. A son retour, l'Élysée lui confie à nouveau une partie des missions antérieures à l'affaire, telles que l'organisation et sécurisation des événements à portée nationale. C'est ainsi qu'il s'occupe du retour des Bleus, champions du monde de football, le 14 juillet 2018. Le 20 juillet, dans la foulée de la publication du Monde, une procédure de licenciement est engagée contre Alexandre Benalla. Vincent Crase est également mis à pied 15 jours, et doit rendre son badge d'accès à l'Elysée.

Que s'est-il passé au Jardin des Plantes ?

Le 27 juillet 2018, le journal Libération publie à son tour des images du 1er mai 2018, dans lesquelles apparaissent Alexandre Benalla et Vincent Crase. Tournées en début d'après-midi, soit quelques heures avant les faits place de la Contrescarpe, elles ont été enregistrées dans le quartier du Jardin des Plantes, dans le Ve arrondissement de Paris. Une autre vidéo de cet épisode est diffusée quelques jours plus tard par le site Internet de franceinfo. Le chargé de mission apparaît sur certaines images porteur d'un brassard "police".  Il affirme avoir mis cet accessoire, fourni par la préfecture, sur les conseils d'un policier qui lui a suggéré de porter un signe distinctif. Alexandre Benalla ôte le brassard avant d'entrer dans le Jardin des Plantes. Vincent Crase, a contrario, met le brassard avant d'intervenir dans le parc. Tous les deux participent ensuite à plusieurs interpellations, comme le laissent apparaître plusieurs vidéos. Au sujet de l'une d'elles, Alexandre Benalla expliquera aux enquêteurs avoir "apporté [son] concours à la force publique pour interpeller un délinquant violent qui venait de commettre un acte grave sur des policiers". L'homme se voit prescrire 4 jours d'ITT.  

Vincent Crase demande également à une jeune femme d'effacer une vidéo de son téléphone, dans laquelle on les voit, Alexandre Benalla et lui, intervenir quelques minutes auparavant. Face au refus de son interlocutrice, il se saisit de l'appareil et supprime lui-même les images. Celles-ci seront récupérées par la suite par un proche de la propriétaire du téléphone.  

Comment Alexandre Benalla et Vincent Crase expliquent-ils leurs interventions ?

Tous les deux disent avoir agi "en citoyen", et avancent l'article 73 du code de procédure pénale, qui stipule que "dans les cas de crime flagrant ou de délit flagrant puni d'un an d'emprisonnement, toute personne a qualité pour en appréhender l'auteur et le conduire devant l'officier de police judiciaire le plus proche".  

Alexandre Benalla invoque également l'adrénaline, une part de stress, de peur et de fatigue. "C'était la guerre", dira-t-il plus tard au sujet de l'ambiance place de la Contrescarpe. A ses yeux, la publication de la vidéo, le 18 juillet, est également révélatrice d'une volonté de nuire à Emmanuel Macron, après une période relativement calme sur le plan médiatique, et le bénéfice d'image tiré de la victoire des Bleus en Coupe du Monde. Le jeune homme s'estime, par ailleurs, pris en grippe par une partie de la haute hiérarchie policière.  

Vincent Crase explique, pour sa part, avoir été "surpris par la violence des manifestants" et entraîné par "son ADN de gendarme" et son "instinct de justice".

Pour cette partie du dossier, Alexandre Benalla et Vincent Crase devront donc s'expliquer, devant le tribunal correctionnel, pour le port du brassard de police (faits qualifiés de "port public et sans droit d'un insigne réglementé par l'autorité publique" ), du fait d'avoir endossé la fonction de policier sans en avoir le titre ("immixtion sans titre dans l'exercice d'une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l'autorité publique"), et de violences volontaires sur quatre manifestants. Vincent Crase devra aussi répondre du port d'une arme de catégorie B, et du fait d'avoir détruit les  images se trouvant dans le téléphone portable de l'une des personnes croisées au Jardin des Plantes.

L'affaire des images de vidéosurveillance

Quelques heures après la publication de l'article du Monde, le 18 juillet 2018, le commissaire Maxence Creusat, qui dirigeait une partie du dispositif place de la Contrescarpe le 1er mai 2018, va consulter les images de vidéosurveillance de la Préfecture de police tournées ce jour-là. Ne pouvant les lire correctement sur son ordinateur professionnel, il en fait une copie dans le but de les consulter sur un autre poste. Le policier appelle ensuite Laurent Simonin afin de savoir si l'Elysée serait intéressé par une vidéo montrant l'homme interpellé par Alexandre Benalla en train de jeter un projectile vers les CRS. Ce dernier répondant par l'affirmative, Maxence Creusat confie les images à un intermédiaire chargé de remettre un CD-Rom à Alexandre Benalla.

Maxence Creusat assure n'avoir demandé aucune contrepartie à ce document, et affirme que Laurent Simonin savait qu'il s'agissait d'images provenant de la vidéosurveillance. Lui-même dit avoir ignoré qu'il est interdit d'extraire et conserver ainsi les enregistrements des caméras de surveillance. Laurent Simon explique, pour sa part, avoir agi dans l'urgence, et ne pas avoir pris conscience du fait qu'il s'agissait d'images de vidéosurveillance. Les deux policiers devront répondre de l'usage et la transmission de ces images devant la justice, au cours du procès qui s'ouvre ce lundi. Alexandre Benalla est, lui, jugé pour recel de ces images.

L'affaire du selfie

Le 24 septembre 2018, le site d'actualité Mediapart publie un selfie d'Alexandre Benalla tenant une arme de poing, aux côtés de trois autres personnes. Le cliché a été pris dans un restaurant de Poitiers en avril 2017, après un meeting d'En Marche. Alexandre Benalla a d'abord dénoncé un montage, avant d'assurer que l'arme était une fausse. Il devra répondre de "port sans motif légitime d'arme de catégorie B" et "détention non autorisée d'arme de catégorie B".

L'affaire des passeports

Alexandre Benalla est soupçonné d'avoir utilisé deux passeports diplomatiques lors de déplacements à l'étranger, alors qu'il avait été licencié de l'Elysée. Auditionné par le Sénat, il avait, dans un premier temps, assuré avoir laissé ces documents dans son bureau de l'Elysée, avant de reconnaître les avoir récupérés.

Le parquet le soupçonne également d'avoir fourni un faux document dans le but d'obtenir un passeport de service, en l'occurrence une lettre à en-tête de l'Elysée, non signée, ce qu'il conteste. Alexandre Benalla doit donc également être jugé pour "faux", "usage de faux" et "usage public et sans droit de documents justifiant d'une qualité professionnelle".