Les enquêteurs de la gendarmerie viennent de démanteler un important trafic de médicaments vers l'Egypte. Le réseau, digne des trafiquants de stupéfiants, écoulait des traitements acquis à l'aide d'ordonnances falsifiées. Le préjudice pour la CPAM est estimé à plusieurs centaines de milliers d'euros.

Interpol estime que le trafic de médicaments peut être dix à vingt fois plus lucratifs que celui, par exemple, de l'héroïne.
Interpol estime que le trafic de médicaments peut être dix à vingt fois plus lucratifs que celui, par exemple, de l'héroïne. © Maxppp / IP3 / Aurelien Morissard

Une organisation criminelle internationale, de la marchandise en quantité, de fortes sommes d'argent liquide, des "petites mains" et des "têtes de réseau". Mais point de drogue, dans le réseau démantelé par les gendarmes de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp). Ici, l'organisation s'était spécialisée dans la vente illégale de médicaments, des traitements pour le foie ou anti-cancéreux, écoulés sur le marché égyptien. Prix de la boîte en France : de 2000 à 14 000 euros.

Quinze personnes ont été interpellées au terme d'un an d'enquête, dont la majorité en Région parisienne, et une en Italie, a révélé mardi 16 février la gendarmerie. 400 000 euros de médicaments et des milliers d'euros en liquide ont également été saisis.

L'enquête doit encore déterminer à quel tarif les produits étaient vendus en Egypte, mais il semble que leur acquisition n'a pas coûté cher aux trafiquants : afin de constituer leurs stocks, ils recrutaient, via les réseaux sociaux, des personnes titulaires de la Couverture maladie universelle (CMU) ou l'Aide médicale d'Etat (AME). Ces recrues étaient ensuite charger de se rendre en pharmacie avec des ordonnances falsifiées, afin de se faire délivrer le traitement convoité. Sans n'avoir rien, ou très peu, à débourser, grâce au système de sécurité sociale.

"Une fois ces médicaments récupérés, ils étaient donnés à un rabatteur qui dédommageait les acheteurs à hauteur de 200 à 300 euros. Ces collecteurs ramenaient ensuite la marchandise jusqu'en haut de la pyramide, avant exportation", détaille le colonel Ludovic Ehrhart, commandant en second de l'Oclaesp.

À l'arrivée, un préjudice majeur pour l'Assurance maladie : "À ce stade, pour ce qui est de l'enquête sur le groupe criminel que nous avons démantelé, nous identifions un préjudice d'au moins 400 millions d'euros, peut-être plus", analyse Ludovic Ehrhart. Une cellule a été créée afin de centraliser les informations sur ces trafics. Baptisée "Sekhmet", du nom d'une divinité égyptienne à qui l'on attribuait des pouvoirs de guérison, elle a permis, en un an, de recueillir entre 800 et 1000 signalements, "ce qui veut dire que le préjudice est vraisemblablement à évaluer en millions d'euros", juge le colonel Ehrhart.

Les enquêteurs ont notamment collaboré avec le secteur pharmaceutique, tels que les laboratoires, à la suite d'un partenariat signé en 2020. "_Ils nous ont signalé qu'il y avait des demandes qui ne leur semblaient pas cohérentes avec l'état normal du marché. Il y a aussi les pharmaciens qui nous ont fait remonter, individuellement ou via leur ordre, des questionnements sur ces prescriptions qu'on leur présentai_t", explique Ludovic Ehrhart. Une fois ces renseignements mis en commun et analysés, une alerte a été envoyée début 2020 aux services de police et de gendarmerie, afin de leur permettre de signaler tout phénomène similaire. 

L'enquête va maintenant s'attacher à déterminer les éventuels complices du réseau. Une organisation qui avait mis en place un système particulièrement lucratif. 

L'organisation Interpol estime que le trafic de médicaments peut rapporter jusqu'à dix à vingt fois plus que celui de stupéfiants tels que l'héroïne.