La Gendarmerie nationale a fait son retour cette année au salon de l'Agriculture après trois ans d'absence, mais uniquement pour sensibiliser les éleveurs aux premiers gestes et outils assez simples et pas chers de prévention des vols sur leurs exploitations

Des référents sécurité de la Gendarmerie sensibilisent les éleveurs aux mesures de protection contre le vol d'animaux et de tracteurs
Des référents sécurité de la Gendarmerie sensibilisent les éleveurs aux mesures de protection contre le vol d'animaux et de tracteurs © Radio France / Emmanuel Leclère

ll n' y a plus de stand de la Gendarmerie au Salon de l'Agriculture à Paris comme auparavant. Mais désormais des patrouilles spéciales qui sillonnent les rangées, dès le matin 7H30, "quand c'est plus calme", raconte l'un des quatre référents sûreté envoyés spécialement et pour la première fois sur ce Salon 2019. La mission de ces agents, c'est d’inciter les agriculteurs à adopter certaines pratiques préventives pour lutter contre la délinquance rurale. Pour cela, ils doivent réussir à alpaguer le plus d'éleveurs possible, ne serait-ce que quelques minutes, pour leur demander s'ils ont déjà été confrontés à des vols de matériels, voire de bétail. En général, "s'ils n'ont pas été touchés eux-mêmes, ils ont toujours des histoires d'amis exploitants ou de voisins", raconte l'un des gendarmes. Ces spécialistes des "diagnostics sûreté" viennent tous de départements ruraux. Ils connaissent bien les risques actuels encourus par les agriculteurs, avec notamment les nouvelles formes de délinquance itinérante. Ils ont pour objectif de conseiller des solutions technologiques - désormais accessibles et faciles d'utilisation comme les alertes SMS (via les chambres d'agriculture) - , nécessaires pour que les délits puissent être répertoriés et les auteurs des infractions éventuellement repérés et stoppés.

Détourner l'usage classique des caméras gibiers 

Hier matin (jeudi 28 février), les gendarmes que nous suivons commencent par les enclos des vaches des lycées agricoles où ils rencontrent quatre lycéens bourguignons, trois garçons et une fille, qui montrent qu'ils sont sensibilisés aux mesures de sécurité à prendre, notamment pour le GPS du tracteur : "on le retire tous les soirs et on l'enferme dans l'atelier et on ferme à clé". Le major Frank Bouilly, référent Sûreté dans l'Orne, les félicite et leur rappelle que c'est une mesure de bon sens - pas toujours appliquée - ; il en profite alors pour les interroger  sur d'autres situations de vols potentiels auxquels ils ont été confrontés. 

L'un d'eux évoque un vol de mouton : "c'est quand même plus compliqué là pour sécuriser !" Et le major d’enchaîner sur des solutions assez faciles et peu coûteuses qui existent, comme l’utilisation des "caméras gibiers" auxquelles beaucoup d'agriculteurs ont déjà recours pour repérer le passage des renards et des gibiers. On peut y mettre une carte SIM qui filme le troupeau à distance (équivalent Webcam), qui peut prévenir par SMS lorsqu'il y a un mouvement ou une intrusion en plus de prendre une photo. Et pour le gendarme, ce genre de dispositif  "peut aussi [nous] apporter une preuve"

Les jeunes éleveurs : des proies pour les délinquants en milieu rural

Pour la cheffe d'Escadron Séverine Hammel, qui coordonne les quelques 200 référents sûreté sur le territoire français, les lycéens agricoles, futurs exploitants, sont des "cibles prioritaires" sur le salon car ce seront aussi potentiellement des proies faciles. Quand ils s'installent, ils achètent du matériel neuf, le dernier cri, mais ils se retrouvent isolés et "ça se sait assez vite"

Durant cette patrouille spéciale, les gendarmes croisent Francis, la soixantaine, éleveur béarnais de blondes d'Aquitaine près de Pau. Béret vissé sur la tête, il regarde d'abord les pandores un peu de travers. La prise de contact commence comme avec les lycéens sur les vols en tous genres, les cambriolages. Francis n'en a jamais été victime mais il connaît du monde évidemment, des histoires de tracteurs, de GPS et de Gasoil surtout mais ce n'est pas pour autant qu'il a l'intention de barricader sa porte. "Si on blinde la porte, ils se diront qu'il y a quelque chose à voler et ils la contourneront, donc pas de sécurité, faut pas déconner". 

Les gendarmes changent alors leur angle d'attaque, avec des exemples très concrets comme les alertes SMS via la chambre d'agriculture pour recevoir et signaler des vols qui permettent parfois de retrouver des bandes dans les départements voisins. Ils reparlent de la solution de la petite caméra numérique qui peut faire des photos pièges avec un détecteur de mouvement. Francis en a une justement, "un gadget à 300 euros qui dure et qui fonctionne bien. Je l'utilise près du poulailler à cause d'un renard car il y avait y des poules qui disparaissaient". C'est l'adjudant Nicolas Muzellec, la trentaine, référent Sûreté dans l'Eure et Loire qui a trouvé les bons mots. Il finit même par prendre Francis par le bras sur le ton de la confidence pour glisser le contact de son collègue dans les Pyrénées atlantiques et un petit guide des quelques gestes et outils actuels qui peuvent décourager les cambrioleurs, du moins les plus amateurs d’entre eux. 

Des tracteurs et des bêtes envolés ou dépecés dans les champs 

Les éleveurs ont parfois racheté plusieurs corps de ferme et entreposent leurs matériels à plusieurs kilomètres à la ronde. Ils sont particulièrement exposés aux professionnels du pillage en milieu rural. C’est là une criminalité organisée : vols de tracteurs embarqués sur des semi-remorques en pleine nuit, ou démontés directement en pièces détachées, bêtes abattues, parfois même en plein jour, directement dans les champs où l'on retrouve une partie de la carcasse. 

Récemment une bande très organisée a été arrêtée en flagrant délit de vol de câbles d'éoliennes installées sur des exploitations agricoles. Cette bande savait parfaitement récupérer aussi des câbles sur des rampes d'irrigation, explique l'un des gendarmes rencontrés sur le salon de l'agriculture. Ce sont les plaintes et signalements enregistrés dans un département qui ont permis leur interpellation dans une autre région.

Et c'est bien pour cela qu'à chaque rencontre - plus ou moins facile - avec les éleveurs cette semaine à Paris, les référents Sûreté rappellent à quel point il est nécessaire de signaler des vols, même considérés comme insignifiants, car ils peuvent être le début d'une longue série.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.