"13 novembre : fraternité et vérité", l'association des victimes
"13 novembre : fraternité et vérité", l'association des victimes © Radio France / Olivier BENIS

"13 novembre : fraternité et vérité" : c'est le nom qu'ont choisi des victimes, une vingtaine pour le moment. Leur but: échanger, s'entraider, et favoriser un retour d'expérience. A les entendre, la solidarité gouvernementale a été entachée de certains cafouillages...

Manuel Dias avait 63 ans. Ce chauffeur faisait des navettes entre Reims et la région parisienne. La dernière fois qu'il appelle sa femme, le 13 novembre, il est devant la porte D du stade de France. Puis, son portable ne décroche plus. Son entreprise retrouve le véhicule abandonné sur le parking. Sa fille, Sofia, appelle la police et les hôpitaux. Au petit matin du samedi, en désespoir de cause, la jeune femme de 33 ans se tourne vers le pays d'origine de son père.

Vers 4-5 heures du matin je me dis bon, on va pas y arriver comme ça... J'appelle le ministère des affaires étrangères au Portugal, qui me met en relation avec l'ambassade du Portugal. Vers midi, l'ambassade me rappelle, la personne est en pleurs, elle me dit "votre papa est bien la seule victime du stade de France Je lui dis "c'est pas possible, parce que moi je viens d'avoir la police judiciaire, et la police me dit qu'il n'est pas sur les listes "... Après, c'est un appel du Quai d'Orsay ... le dimanche soir !

L'ambassade du Portugal a pourtant eu l'information,un jour et demi avant , par le quai d'Orsay. Sofia Dias a déjà annoncé d'elle-même le décès à sa mère.

Des maladresses et dysfonctionnement pour les victimes et leur famille

Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres des maladresses, cafouillages ou dysfonctionnements auxquelles les victimes ont été confrontées.

Plusieurs gardent un mauvais souvenir de l'accueil à l'Institut médico-légal de Paris , où les familles font la queue, avant d'être emmenées sans ménagement dans la pièce où l'on découvre le visage de leur proche. Quelques jours plus tard, on demande à Sofia Dias si elle a trouvé une entreprise de pompes funèbres, "parce qu'il faut lever le corps rapidement".

Sofia Dias ne tarit en revanche pas d'éloges sur la cellule interministérielle :

"Le cellule a été extraordinaire . J'ai eu toujours le même contact, du premier jour jusqu'à aujourd'hui, j'ai rencontré cette personne la semaine dernière. J'ai eu aussi une psychologue qui m'a beaucoup aidée".

Les victimes regrettent un manque d'informations

Emmanuel Domenach ne peut pas en dire autant. Ce rescapé du Bataclan s'est senti d'abord très réconforté par le contact des policiers . Son témoignage est recueilli dans la nuit du 13 novembre. Le samedi, à l'aube, le jeune homme se retrouve seul dans la rue, les vêtements ensanglantés, à tenter de héler un taxi, faisant des signes à chaque voiture parce qu'il a perdu ses lunettes en fuyant le massacre par l'issue de secours.

Et il n'a pas été bien orienté de prime abord par le numéro vert : "Le premier numéro que j'ai appelé, c'était la première fois que je racontais mon histoire en dehors de mes proches.", raconte un blessé.

On m'a dit: "bon, ça a l'air d'aller, hein...Si ça va pas mieux dans trois semaines vous allez voir un psy. Maintenant quand je raconte ça à des psys, à des professionnels de santé, on me dit que c'est absurde, qu'il faut y aller dans les 48 heures. Le syndrome psycho-trauma , ce qui est en train de se transformer peut-être chez moi et chez d'autres en dépression, c'est très particulier. Et malheureusement, on est obligé de discuter entre nous pour savoir, "ah j'ai fait de l'hypnose, ça marche bien", "ah tiens je prends tel médoc", on n'est pas médecins !

Manuel Dias a été enterré au Portugal. L'ambassadeur de France était là, se félicite sa fille Sofia. Mais à son retour en France, un employé de l'assurance maladie l'appelle et lui annonce qu'elle ne touchera pas ses indemnités journalières cette semaine-là, parce qu'elle a voyagé pendant son arrêt de travail... Pour tous, les tracas sont loin d'être terminés: il faut voir un notaire, un avocat, remplir des dossiers, notamment pour le fonds d'indemnisation.

L'association "13 novembre : fraternité et vérité" comme interlocuteur

Clara Akan-Bambal se démène pour sa soeur, grièvement blessée à la Belle Equipe. Elle a déjà une idée de ce que l'association doit revendiquer:

"Il faudrait un point d'accueil unique. Ce n'est pas normal qu'on se retrouve à se déplacer dans les différentes structures administratives. Il faudrait un lieu dédié où les administrations reçoivent les familles" pour la soeur d'une blessée

Assistante sociale, Clara Akan-Bambal sait que les victimes auront bien besoin de mettre en commun leurs ressources pour affronter l'avenir.

L'association veut déjà être reconnue comme un interlocuteur par les pouvoirs publics .

Avec plus de recul, Stéphane Gicquel, le secrétaire général de la Fenvac (Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs), estime qu'il y a eu des progrès , comme l'illustre la création de la cellule interministérielle, une première, mais il faut aller plus loin :

On voit bien que l'objectif n'a pas été tout à fait atteint. Mais la dynamique est là, la volonté de bien faire est là, et je crois que l'élément qui va être déterminant ça va être la capacité pour les pouvoirs publics d'entendre le retour d'expérience des victimes. Les victimes ne sont pas dans l'accusation. Elles ont besoin de se dire j'ai vécu des choses difficiles, mais je vais pouvoir le dire et la prochaine fois, d'autres victimes n'auront pas à vivre ces difficultés, explique le secrétaire général de la Fenvac.

Pour Stéphane Gicquel, il faut encore travailler sur la simplification des dispositifs . Les démarches restent complexes, les annonces parfois trompeuses, comme lorsque le gouvernement annonce la gratuité des soins : en fait, il s'agit d'une prise en charge à 100% du tarif de base de la Sécurité sociale, ce qui n'est pas la même chose.

►►►Pour contacter l'association, cliquez ici.

►►► Écoutez le reportage de Sara Ghibaudo

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