Deux ans après les attentats qui ont secoué Saint-Denis et Paris, le 13 novembre 2015, l'enquête, monumentale, a mis en lumière une planification poussée et une organisation quasi militaire.

Deux ans après les attentats du 13 novembre, l'enquête, monumentale, a beaucoup progressé
Deux ans après les attentats du 13 novembre, l'enquête, monumentale, a beaucoup progressé © AFP / JOEL SAGET

L’enquête démarrée au lendemain des attentats les plus meurtriers que Paris a connu est monumentale : 120 tomes, près de 28 000 procès-verbaux. Depuis, la France est confrontée à une menace terroriste omniprésente, mais qui tient plutôt du terrorisme "low cost" ou de proximité.

Dans le cas des attaques du 13 novembre, au contraire, l'enquête a mis en lumière une planification poussée et une organisation militaire. 15 suspects vivants ont été identifiés, dont 7 sont détenus en France, 5 en Belgique, 1 en Turquie, et 2 en fuite en Syrie. 

Les juges l'ont dit aux parties civiles: lors du procès, le box des assises sera bien rempli, quand les investigations, depuis un an, ont aussi permis de réévaluer les rôles de chacun.

Mohamed Bakkali, le "chef d’orchestre" 

Quand Mohamed Bakkali est arrêté à Bruxelles le 26 novembre 2015, les enquêteurs ne mesurent pas qu'ils tiennent le "chef d'orchestre" de ces actes, selon la formule du juge Tessier. C'est lui qui gère l'arrivée des commandos, qui envoie Salah Abdeslam chercher les futurs kamikazes en Hongrie, en Allemagne, ou en Grèce. Le soir du 13 novembre, Mohamed Bakkali coordonne les tueries depuis la capitale belge, avec les frères El Bakraoui.

Vers 22h30, les trois hommes se seraient retrouvés place de Hal,  avec un quatrième suspect, apparu plus récemment dans l'enquête : Yacine Attar. Son grand frère, Oussama Attar, est considéré comme le commanditaire en Syrie : il était présumé se trouver à Raqqa avant la chute de la ville. En revanche, l'artificier, Mohamed Alkhald, aurait été tué par une frappe de la coalition.

Parmi les suspects en détention, il y a encore le fournisseur des faux-papiers, et des membres du commando arrêtés en Autriche sur la route des migrants, qui ne sont pas arrivés à temps pour leur mission meurtrière. Le 13 novembre ne devait être qu'une étape : la cellule visait peut-être ensuite l'Euro de football ou l'aéroport d'Amsterdam. Mais en mars 2016, l'étau policier se resserre, et c'est à Bruxelles qu'elle achève son oeuvre de mort.

Encore des zones d'ombres

L'enquête n'a pas encore permis d'établir comment les terroristes s'étaient procuré leurs armes (elles vont être démontées pour rechercher de nouvelles empreintes) et l'argent (même si on sait que certains exécutants sont partis de Syrie avec quelques milliers d'euros en liquide). Il reste de lourdes interrogations autour du rôle de Salah Abdeslam, l'unique rescapé des commandos du 13 novembre. 

Il a eu un rôle important dans la préparation des attentats, et il a rejoint les membres de la cellule à Bruxelles. S'il n'est pas mort à Paris, c'est peut-être que sa ceinture explosive n'a pas fonctionné: c'est ce qu'il a dit à trois de ses proches. Une première expertise de la ceinture a montré un défaut dans le système d'allumage, sans être concluante, et une nouvelle expertise a été demandée. On ne sait pas quelle pouvait être sa cible dans le XVIIIe arrondissement. Salah Abdeslam se décidera-t-il à parler ? Il va être réinterrogé prochainement. En revanche, s'il est passé par  l'aéroport de Roissy avant de déposer trois terroristes au Stade de France, c'est sans doute simplement... qu'ils se sont perdus en route! Ce qui expliquerait qu'ils soient arrivés après le coup d'envoi du match.

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