Deux gendarmes condamnés pour harcèlement sexuel
Deux gendarmes condamnés pour harcèlement sexuel © MaxPPP / THIERRY BORDAS

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné ce mardi deux gendarmes à huit et six mois de prison avec sursis pour avoir harcelé une jeune collègue pendant un an. Le moins gradé écope également d'une interdiction définitive d'exercer.

L'adjudant Julien G., le plus gradé, est condamné à la peine la plus lourde, huit mois avec sursis, et 2.500 euros de dommages et intérêts, mais sans interdiction d'exercer.

Le maréchal des logis Ludovic F., 37 ans, a lui, été condamné à six mois de prison avec sursis et 1 500 euros de dommages et intérêts. Il a aussi été condamné à une interdiction définitive d'exercer, comme le demandait la procureure, qui a rappelé son "habitude ancienne " de tenir des propos "particulièrement grossiers" aux femmes.

"Ça te dit un plan à trois?"

Dans une voiture de patrouille aux sièges tachés de sperme, la jeune victime s'entendait dire : "ça te dit un plan à trois?", ou encore "fais-moi une pipe", "les Réunionnaises, elles sont chaudes, montre-moi ce que tu sais faire". Sans compter les "gémissements" sur son passage, ou des gestes obscènes mimés avec une matraque. Marie avait à l'audience accablé ces deux gradés de la brigade de Joigny, sur les bords de l'Yonne, où elle a travaillé d'octobre 2012 à novembre 2013.

C'était normal, c'était habituel, avait dit la victime lors de l'audience.

La jeune femme, aujourd'hui âgée de 26 ans, travaille désormais en région parisienne.

Des peines exemplaires

L'avocate de la victime, s'est dite "très satisfaite" du jugement.

Quel combat, quel combat long et douloureux s'est exclamée Me Elodie Maumont, l'avocate de la victime à la sortie de l'audience. Aujourd'hui dans la Grande muette, le silence est terminé, la parole est libérée! a-t-elle dit au micro de Corinne Audouin

Quant à Jacques Bessy, président de l'Association de défense des droits des militaires (Adefdromil), qui était partie civile, il évoque des peines exemplaires, et un "message très clair aux harceleurs qui servent dans l'armée ."

Différence entre les deux prévenus

Le parquet avait demandé une condamnation d'un an avec sursis, sans vouloir faire de différence entre les deux hommes. Les parties civiles se sont du coup étonnées qu'aucune interdiction d'exercer n'ait été prononcée contre le plus gradé des gendarmes. Sa peine est "étonnament plus lourde". Une procédure disciplinaire est en cours. "La gendarmerie pourra dire si un militaire condamné à huit mois avec sursis pour harcèlement sexuel mérite ou non sa place au sein de son corps" a déclaré l'avocate de la victime.

Le comportement des femmes est aussi à revoir!

Pour Me Véronique Costamagna, l'avocate de Ludovic F., condamné à ne plus exercer son métier, cette condamnation est inadaptée.

Elle a estimé au micro de Corinne Audouin, qu'il y avait dans la gendarmerie un "apprentissage à faire des deux côtés", hommes et femmes! Ce procés a selon elle, montré aussi que les femmes gendarmes doivent "s'abstenir de faire référence à leur féminité" au travail. "Ce procés est assez emblématique" de ce point de vue-là selon elle!

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