Dominique Cottrez va retourner en prison après sa condamnation à 9 ans de d'emprisonnement par la cour d'assises de Douai. Un verdict d'"apaisement" selon sa défense qui a annoncé qu'elle ne ferait pas appel.

Dans un réquisitoire à double voix, le parquet a réclamé une lourde peine pour la mère de famille accusée de huit infanticides, estimant que "l'extrême souffrance ne peut pas être une excuse en droit pénal français" :

Je vous demande de condamner Dominique Cottrez à 18 ans de réclusion criminelle.

Aux origines de l'affaire

Pour cette mère de famille de 51 ans, aide-soignante, c'est en juillet 2010 que l'histoire judiciaire a débuté. Dans le jardin de la maison qu'il a achetée trois ans auparavant, un homme découvre des sacs poubelles enterrés. A l'intérieur : un cadavre de nourrisson. Très vite, les gendarmes se tournent vers les anciens propriétaires des lieux, et plus particulièrement vers Dominique Cottrez, mère de deux filles et alors âgée de 46 ans.

L'affaire aura vécu un coup de théâtre lundi, lorsque Dominique Cottrez a brusquement changé de version. Contrairement à ce qu'elle prétendait jusqu'ici, elle a affirmé n'avoir jamais vécu de relation incestueuse avec son père. Les test ADN avaient déjà confirmé que les enfants qu'elle a tués étaient ceux de son mari.

En 1998, lorsqu'elle tombe enceinte de sa deuxième fille elle ne l'annonce à personne, pas même à son mari qui le découvrira aux premières contractions. Un an plus tard, une nouvelle fois enceinte, elle accouche seule dans la salle-de-bain et asphyxie le nouveau-né. S'ensuivront sept autres infanticides, tous reconnus par Dominique Cottrez qui racontait à la Voix du Nord en janvier dernier :

Le premier, j'ai vu que c'était un garçon. Les autres, je ne regardais pas , je ne voulais pas. Mais quand ils étaient dans le garage, qu'ils faisait froid, je leur mettais une couverture. Je pense souvent à eux, surtout au premier.

Selon l'avocat d'Enfance et Partage (partie civile au procès, Rodolphe Costantino :

Quand je regarde Dominique Cottrez,je vois devant moi une femme qui a été dépossédée d'elle-même, complètement dépossédée de son corps. Un corps dont elle a honte mais un corps dont on dispose. Au fond, elle avait là quelque chose de tout à fait à elle qui étaient ses bébés.

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Rodolphe Costantino : "je vois une femme qui a été dépossédée d'elle-même"

Le temps du procès

Aujourd'hui après deux ans de détention préventive, Dominique Cottrez vit sous contrôle judiciaire, dans un minuscule appartement à proximité de Douai. Son mari est resté auprès d'elle et elle s'occupe régulièrement de ses trois petits enfants. Mais son procès, pour huit infanticides débute aujourd'hui.

Selon son avocat, Franck Berton :

Elle va comparaître pour essayer de parler d'elle alors que ça fait 40 ans qu'elle n'a jamais parlé d'elle, qu'elle a gardé tous ses secrets au fond d'elle-même. L'essentiel c'est qu'elle puisse expliquer ce qu'elle est, ce qu'elle a vécu. Je suis sûr que les jurés comprendront parce que juger c'est comprendre.

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Franck Berton : "Je suis sûr que les jurés comprendront parce que juger c'est comprendre"

Devant la cour d'assises de Douai, l'ancienne aide-soignante tente d'expliquer l'inexplicable. De raconter comment le traumatisme de son premier accouchement, les remarques désobligeantes de la sage-femme sur son obésité ont développé chez elle une phobie du corps médical. Au point de ne jamais consulter de médecin, pas même pour une simple contraception. Lorsqu'elle tombait enceinte, Dominique Cottrez espérait un miracle, avant de finir par tuer son bébé, tout en conservant son cadavre à proximité, dans sa chambre, la salle-de-bain, au garage.

Devant la cour d'assises de Douai, Dominique Cottrez encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Pas de prescription

En 2014, l'avocat de Dominique Cottrez avait plaidé la prescription des faits - le premier meurtre remonte à 1989. Mais la cour de Cassation a estimé qu'en raison d'un "obstacle insurmontable", en l'occurence l'obésité de Dominique Cottrez, "nul n'a été en mesure de s'inquiéter de la disparition d'enfants nés clandestinement, morts dans l'anonymat et dont aucun indice apparent n'avait révélé l'existence".

► ► ► ALLER PLUS LOIN| L'arrêt de la cour de Cassation du 7 novembre 2014

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