Francis Heaulme est jugé à partir de ce mardi en appel pour les meurtres de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, en 1986. Un 6e procès qui marquera sans doute l’épilogue de l’une des plus grandes énigmes judiciaires des trois dernières décennies, qui a notamment valu à Patrick Dils d’être condamné et incarcéré à tort.

Le tueur en série Francis Heaulme, lors de son procès en 1ère instance à Metz, en 2017.
Le tueur en série Francis Heaulme, lors de son procès en 1ère instance à Metz, en 2017. © Maxppp / Alexandre Marchi

"Montigny, c’est pas moi", avait répété en boucle Francis Heaulme lors de son procès devant les assises de la Moselle en 2017. Déjà condamné à la perpétuité dans deux autres affaires, le tueur en série avait donc fait appel de la décision de la cour, qui le reconnaissait coupable du double meurtre de Montigny-lès-Metz.

Il fait encore doux, ce dimanche 28 septembre 1986. En fin d’après-midi, Cyril et Alexandre, 8 ans, sortent jouer dehors. Le terrain de jeu préféré des enfants du quartier : un talus qui jouxte des wagons entreposés par la SNCF. La nuit commence à tomber, les deux garçons ne reviennent pas. Leurs corps sont découverts à 19h50 près d’une des voies ferrées, le crâne fracassé à coup de pierres.

Monumentale erreur judiciaire

Très vite, la police judiciaire de Metz pense tenir le suspect : Patrick Dills, 16 ans. Un apprenti cuisinier qui habite le quartier. En garde à vue, l’adolescent passe aux aveux. Il se rétractera par la suite. Condamné à la perpétuité en 1989 (du jamais vu pour un mineur), Patrick Dils est acquitté en 2002, après avoir passé 15 années de prison. 

Entre temps, un nouvel élément est venu jeter une toute autre lumière sur le meurtre de Montigny-lès-Metz : la présence sur les lieux du "routard du crime", Francis Heaulme condamné à ce jour pour neuf autres meurtres.  Il travaille à 400 mètres de la scène du crime, en tant que manœuvre pour l’entreprise CTBE.  Au gendarme Jean-François Abgrall, qui l’entend en 1992 dans le cadre d’une autre enquête, Francis Heaulme tient ces propos : "Il y a longtemps, un dimanche, je passais à vélo dans une rue. C’était dans l’Est. Il y avait des maisons sur la gauche. A droite, il y avait un talus et une voie de chemin de fer. Deux gamins m’ont jeté des pierres quand je suis passé (…). Lorsque je suis revenu plus tard, j’ai vu les corps des deux gamins morts près des wagons. Il y avait aussi des policiers et des pompiers". Aucun doute possible : c’est bien d’Alexandre Beckrich et Cyril Beining qu’il s’agit. 

Pas de preuves matérielles contre Francis Heaulme 

Après un procès avorté en 2014, un non-lieu rendu en faveur d’Henri Leclaire lui aussi passé aux aveux en 1986, Francis Heaulme comparaît en 2017 devant les assises, à Metz. Mais, sans aveux de l’accusé, juger une affaire vieille de plus de trois décennies s’avère bien difficile. Le dossier ne comporte aucune preuve matérielle. La destruction des scellés en 1995, après la condamnation de Patrick Dills, rend toute analyse ADN impossible. Il reste donc les témoignages : ceux de plusieurs codétenus à qui Francis Heaulme se serait confié, ceux de pêcheurs qui ont trouvé le "routard du crime" le visage en sang, à quelque km des lieux où le double-meurtre a été commis. Il y a également la comparaison avec les autres affaires pour lesquelles Heaulme a été condamné. Elle permet d’établir que l’affaire de Montigny porte "sa quasi-signature criminelle"

Fait rare, les parties civiles elles-mêmes sont divisées. Si la mère de Cyril Beining, aujourd’hui gravement malade, s’est battue pour que Francis Heaulme soit renvoyé aux assises, les parents d’Alexandre Beckrich restent convaincus que le premier coupable qu’on leur a désigné était le bon, même si depuis la justice a reconnu son erreur. "Tant qu’il n’y aura pas d’aveux étayés de Francis Heaulme, la famille Beckrich gardera cette intime conviction", explique leur avocat, Dominique Rondu qui refuse que soit désigné "un coupable de substitution".

Le verdict est attendu le 21 décembre. Quelque soit la décision, au terme ces trois semaines de procès, Francis Heaulme restera en prison, déjà condamné à la réclusion à perpétuité dans deux autres affaires.

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