Au Printemps 2013, plusieurs habitants du Val-de-Marne partent en Syrie. Ils reviendront vite, au grand dam de leurs supérieurs, dont Salim Benghalem, devenu depuis l’un des francophones les plus connus du groupe Etat islamique.

La filière du Val-de-Marne s’articule autour de trois personnages clés. Salim Benghalem, qui a purgé une peine de prison pour tentative de meurtre, et Abdelmalek Tanem sont partis combattre en Syrie, d'abord avec le Jabat al Nosra, filiale d'Al Qaida, puis avec le groupe Etat islamique. Dans le Val de Marne, leur copain Younès Chanaa, tâche de leur faire parvenir argent et matériel, et surtout de nouvelles recrues, dont quatre ont été jugées lors du procès en décembre 2015 à Paris.

une kalachnikov « c’est comme pour un enfant un costume de Spiderman »

Leurs départs se sont échelonnés sur mai et juin 2013, ils sont restés entre une semaine et un peu moins de deux mois. Les quatre recrues invoquent d’abord une vocation humanitaire, aucun ne reconnait avoir pris les armes. Les écoutes téléphoniques de Younès Chanaa avec Tanem et Benghalem (sur une ligne dédiée au nom de « Jean Coeurdelion ») racontent une autre histoire. A l’époque, passer la frontière turco-syrienne ne pose pas de difficulté, les deux combattants français envoient un passeur. Les nouveaux arrivants sont rassemblés dans un hangar près d'Alep. Ils prennent des cours d'arabe et de religion et s'entrainent au maniement des armes en attendant de trouver une affectation. Certains se font prendre en photo, car « avoir une kalachnikov c’est comme pour un enfant avoir un costume de Spiderman » explique l’un d’eux à l’audience.

Pourtant les aspirants djihadistes déchantent : un se plaint du manque d'hygiène et de la promiscuité, un autre est terrifié par son premier combat. Ils rentrent en prétextant des problèmes de santé ou familiaux. . L’un d’eux avait prêté allégeance au groupe Etat islamique : « je suis parti comme un voleur, assure-t-il lors du procès, sinon c’était la mise à mort ». Benghalem et Tanem s'en plaignent à Chanaa : "c'est pas le Club Med ici". Ils reçoivent pour consigne de ne plus faire entrer de Français, car, explique Tanem au téléphone en juillet, « si on calcule bien ça fait environ sept personnes qui sont venues et reparties ».

L'ombre de Salim Benghalem

Malek Tanem a fini par quitter la Syrie au bout de 18 mois, écoeuré par les luttes fratricides entre groupes djihadistes (surtout DAECH et le Jabat, lorsque le premier s’émancipe d’Al Qaida). Il a été arrêté en mai 2014. Depuis mars 2013, Salim Benghalem a grimpé les échelons au sein du groupe Etat islamique, il est devenu bourreau et instrument de propagande (il fait l’objet d’un mandat d’arrêt international). Après les attentats de janvier 2015 à Paris, on le retrouve sur une vidéo dans laquelle il appelle tous les musulmans en Occident à « faire des carnages ». Lors du procès, tous les prévenus ont tenu à se démarquer du grand absent, sur le mode « on n’a rien à voir avec ça », « il n’était pas comme ça avant, c’est qu’il est resté trop longtemps là-bas ».

Parmi les quatre hommes qui ont fait un séjour-express en terre de djihad, il y a un père de famille d’âge mûr et trois jeunes en quête d’identité, qui cumulent selon les cas rupture familiale, échec professionnel et « envie de se sentir utile ». Un jeune qui comparait libre (à cause d’un vice de procédure) tente de convaincre le tribunal : « vous n’avez rien à craindre de moi ». « On aimerait vous croire » répond le président. Le procureur estime que leurs déclarations manquent de conviction, avec des explications parfois fuyantes et confuses. Il a requis au moins six ans d’emprisonnement, avec une période de sûreté des deux tiers, et 18 ans pour Salim Benghalem, considéré comme récidiviste car déjà condamné pour tentative de meurtre. Jugement le 7 janvier 2016.

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