C'est le procès d'un vaste système de corruption chez EDF : 42 prévenus sont jugés devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour corruption et abus de biens sociaux, notamment. Au cœur de ce trafic : un cadre d'EDF qui aurait ainsi perçu plus d'un million d'euros en argent ou en nature.

Siège d'EDF en février 2019
Siège d'EDF en février 2019 © Maxppp / Alexis Sciard

La vie de Christian M., 64 ans, a longtemps été celle d'un agent d'EDF, responsable des marchés liés aux centrales thermiques. Marié depuis près de quarante ans, trois enfants, un pavillon en Seine-et-Marne. Trop banal à son goût, peut-être. 

Alors, pendant près de dix ans, Christian M. s'est façonné une autre vie. Plus luxueuse, celle-là. Mallettes remplies de billets venues du Luxembourg - plus de 300 000 euros ont ainsi été retrouvés dans un coffre à son domicile -, lors de la perquisition menée par les enquêteurs. 

Mais aussi : voitures haut de gamme, cave à vin et grands crus, vacances, table-aquarium et juke-box choisis par Madame, camping-car, télévision, climatiseurs etc. Jusqu'aux travaux de son domicile ou aux études d'ingénieur de son fils cadet... Autant de cadeaux que Christian M. se faisait offrir par des prestataires d'EDF. À quelques mois de la retraite, Christian venait même de réclamer 100 000 euros en liquide.

Le poisson rouge et les appels d’offre

En échange, celui qu'on surnommait le "poisson rouge", dont “la position était incontournable dans l’attribution des marchés”, selon les enquêteurs, favorisait certaines entreprises dans l'obtention de marchés avec EDF.

À neuf prestataires au total, Christian M. aurait fourni des informations sur leurs concurrents, aidé à la rédaction d’appels d'offres ou poussé au renouvellement de leurs contrats. Des contrats qui, pour certaines de ces entreprises, représentaient les deux tiers de leur chiffres d’affaires, ont expliqué leurs patrons aux enquêteurs. 

Ce ”pacte de corruption” reposait sur un système de fausses factures et intermédiaire qui, moyennant une commission de 30%, rapatriait l’argent liquide via la Tunisie et le Luxembourg. Des années durant, plus de 620 000 euros ont ainsi été détournés. Un chiffre qui, si l’on ajoute les prestations en nature, grimpe à plus d’un million d’euros, selon les enquêteurs. 

Un système bien rôdé donc, jusqu'à ce que le nouveau patron de l'une d'entre elles dénonce le stratagème et enregistre secrètement une conversation avec Christian M.

Mise sur écoute et agent infiltré 

Les enquêteurs prennent alors le relais, placent les téléphones sur écoute et montent même une opération d’infiltration : ce sera lors d’un énième rendez-vous organisé par l’agent d’EDF. Déjeuner dans un restaurant de Fontainebleau, liasses de billets - 40 000 euros au total. Mais, cette fois-ci, le porteur de valises était l’agent infiltré de la police : Christian M. a été placé en garde à vue peu après. Il fait aujourd’hui figure de principal prévenu sur les 42 de ce procès prévu pour durer un mois.

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