Edouard Louis à Madrid
Edouard Louis à Madrid © MaxPPP

L’écrivain Édouard Louis est assigné ce vendredi matin au tribunal pour atteinte à la présomption d’innocence et à la vie privée. Il est poursuivi par l’homme qui lui a inspiré son dernier livre, et qu'il accuse de viol.

Edouard Louis a déjà fait dans l'autobiographie. On lui doit En Finir avec Eddy Belleguelle (Ed. du Seuil), paru en 2014 alors qu'il avait 21 ans, et vendu à 300.000 exemplaires.

Dans Histoire de la violence , paru en janvier 2016 aux éditions du Seuil, l'écrivain raconte cette fois l'agression et le viol dont il a été victime.

Le récit de Corinne Audouin, du service Enquête de France Inter.

Quand fiction et réalité se rejoignent

Un soir de Noël, l'auteur rencontre Reda, un nom d'usage. Les deux hommes ont des relations sexuelles, avant qu'Edouard Louis ne se rende compte que Reda lui a volé des affaires. Et son partenaire du soir tente alors de l'étrangler avec une écharpe, avant de le violer sous la menace d'une arme, dont on ne sait pas si elle est factice ou non.

Edouard Louis a déposé plainte, et son agresseur présumé était sous le coup d'un mandat de recherche depuis janvier 2013. L'homme a finalement été arrêté en janvier, quatre jours après la parution du livre. Interpellé dans une affaire de stupéfiants, c’est son ADN qui a permis de l’identifier.

Aujourd'hui, Reda demande l'inclusion d'un encart dans les exemplaires du roman déjà publiés, des modifications, et 50.000 euros de dommages et intérêts.

L’audience se tient ce vendredi matin à 11h, le jugement sera mis en délibéré.

Le violeur présumé est-il reconnaissable dans le roman ?

C’est tout l'enjeu du procès : la description faite par Edouard Louis rend-elle Reda reconnaissable ? Oui, selon les défenseurs de Reda, d'après sa description physique, son origine kabyle, son orientation sexuelle, le quartier qu'il fréquente, et ce prénom, Reda, qui est son prénom d'usage. Ce qui du coup, porterait atteinte à sa présomption d'innocence, puisque des faits précis de viols et d'agression, qu'il conteste, lui sont attribués. Incarcéré depuis janvier, l'homme n'a pas encore été entendu par le juge d'instruction. Cette action au civil est pour lui une façon de se faire entendre, alors que le livre s'est déjà vendu à 80.000 exemplaires.

En face, la défense d'Edouard Louis souligne que l'homme jongle entre différentes identités. Qu'au moment de la parution du livre, l'écrivain pensait que son agresseur ne serait peut-être jamais retrouvé, et qu’il ne connaissait d’ailleurs pas son vrai nom. Seul un cercle amical restreint a donc pu le reconnaitre dans le livre, Reda étant un prénom très usuel. L'avocat de l’écrivain, Emmanuel Pierrat, défend enfin qu’Histoire de la violence est une oeuvre littéraire s'appuyant sur des faits véridiques, et que le roman n'a pas été publié par esprit de vengeance.

La littérature souvent sur le fil

Des précédents existent cependant : ainsi, la romancière Christine Angot et son éditeur, Flammarion, avaient été condamnée par la 17ème chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris, à verser 40.000 euros de dommages et intérêts à une femme, qui n'était pourtant identifiable que par ses proches dans le roman Les Petits .

Le tribunal avait souligné, dans son jugement rendu en mai 2013, que le portrait de cette femme était celui d’un "personnage manipulateur", et qu'une "telle peinture ne (pouvait) être détachée de l'intérêt personnel de Christine Angot, engagée dans une relation sentimentale avec l'ancien compagnon de la demanderesse".

On le voit, pour départager ce qui l’emporte, de la liberté de création, ou du respect de la vie privée, tout compte, y compris les intentions de l’auteur.

► ► ► ALLER PLUS LOIN | L'entretien d'Edouard Louis avec Augustin Trapenard dans Boomerang (janvier 2016)

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