Pour la défense de l’entrepreneur Stéphane Courbit, Me Francis Teitgen s’est voulu affirmatif sur un point au moins : son client ignorait l’état de faiblesse dans lequel se trouvait Liliane Bettencourt.

Il y a dans le débat judiciaire le même risque que dans l’Histoire, le risque de l’anachronisme. Nous savons tout de ce dossier, il est là. Mais nous ne pouvons pas regarder le comportement des personnes avec ce regard omniscient. Une des difficultés c’est celle-là : ne pas prêter à ceux que vous jugez la connaissance des choses qui est la vôtre après tout cela. Non, il faut les rétablir dans LEUR connaissance des choses et puis peut-être, allons jusqu’au bout, dans leurs sentiments.

Stéphane Bourbit pouvait-il avoir conscience de l’état de vulnérabilité de Liliane Bettencourt ? Non. D’abord, Mme Bettencourt fixe l’heure à laquelle on vient la voir. Midi et demie c’est une très bonne heure et ce jour là, c’est un jour avec. Il s’agit en second lieu d’une visite de courtoisie. La rencontre a lieu dans le petit salon de la rue Delabordère. Or quand Liliane Bettencourt a des rendez-vous d’affaires, elles ont lieu dans le bureau.

Mme Bettencourt c’est une femme merveilleusement élégante. Elle est d’une classe incroyable. Elle se rend compte bien sur qu’à certains moments c’est difficile pour elle. Elle ne peut pas ne pas se rendre compte. Et elle met tout en œuvre pour que se passe pour le mieux possible. Il y a cet interlocuteur à qui elle dit : « mettez vous en face de moi, vous ne serez pas gêné par la lumière ». Mais on sait que c’est parce qu’elle comprend mieux un interlocuteur quand il est en face d’elle. Et je trouve qu’il y a dans ces petites stratégies, une formidable dignité.

Quand il la rencontre, Stéphane Courbit amène des disques. C’est précisément parce que Mymajorcompany produit des disques, que Mme Bettencourt lui demande s’il est chanteur. On s’est gaussé de ça. Est-ce que cette question est si stupide ? Peut-être même y a-t-il dans la question de Mme Bettencourt une petite taquinerie. Regardez-le Stéphane Courbit. Il pourrait faire chanteur de charme, non ? Ce petit événement de rien est considéré dans l’ordonnance comme quelque chose de grave. Il ne pouvait y avoir une vue univoque de Liliane Bettencourt. Par pitié, laissons à cette femme sa dignité. Laissons à cette femme ses arrangements avec ce qui la gêne.

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