Cette semaine, la cour d'assises de Paris juge en son absence Ian Bailey, pour le meurtre sauvage de Sophie Toscan du Plantier. Ses avocats et les principaux témoins du dossier seront eux aussi absents. Un procès qui pose trois grandes questions.

Bertrand Bouniol et Pierre-Louis Baudey, frère et fils de Sophie Toscan du Plantier.
Bertrand Bouniol et Pierre-Louis Baudey, frère et fils de Sophie Toscan du Plantier. © Radio France / Jean-Philippe Deniau

Quels sont les éléments qu’a retenus l’instruction et qui justifient la comparution de Ian Bailey devant une cour d’assises ?

En l’absence de preuves formelles, et en particulier de la présence de traces biologiques du meurtrier sur la scène de crime, la juge d’instruction a retenu un ensemble de charges probantes issues de l’enquête irlandaise et des recoupements effectués par la police française.

Lors de son premier interrogatoire, Ian Bailey présentait "des lésions semblables aux lésions constatées sur la victime" et ses explications ne sont pas apparues convaincantes. Puis, Ian Bailey a fait tout au long de l’enquête "des réponses et des déclarations évolutives". Ni lui, ni les témoins les plus proches n’ont apporté un alibi susceptible de le mettre définitivement hors de cause. L’enquête de personnalité de Ian Bailey le décrit avec "une forte attirance pour les femmes, une violence en cas d’alcoolisation" pour laquelle il a déjà été condamné, et "des croyances en des pouvoirs surnaturels les soirs de pleine lune", ce qui était le cas la nuit du crime.

Le lendemain, Ian Bailey "a eu connaissance du lieu de la découverte du corps, des circonstances de la mort et de la nationalité de la victime avant toute diffusion publique". Il a même proposé à certains témoins des photographies de la scène du crime alors que les enquêteurs empêchaient quiconque d’approcher du corps. Ian Bailey a reconnu "être directement ou indirectement l’auteur du crime" auprès de plusieurs personnes distinctes.

Ian Bailey refuse de comparaitre, et ses avocats ne viendront pas au procès pour le représenter, comment s’en expliquent-ils ?

Pour Maître Dominique Tricaud qui représente les intérêts de Ian Bailey en France, cette cour d’assises "n’est pas une juridiction équitable et indépendante" en ce sens que Ian Bailey n’a pas eu accès au dossier au cours de l’instruction, et que celle-ci "a uniquement été menée à charge". En Irlande, l’enquête a conduit deux procureurs indépendants à prononcer des mises hors de cause de Ian Bailey pour défaut de charge, en 2008 et 2011.

Et pourtant, les avocats soulignent que, depuis le début, Ian Bailey a été traité tout au long de l’enquête de police irlandaise comme le coupable idéal "parce qu’il était anglais, sans famille, sans ami, avec un petit casier judiciaire". Il est devenu rapidement "la bête du Gévaudan" locale, un english bastard"(un bâtard anglais) indiquent ses avocats. Et de conclure que ce procès en France "est une parodie de justice", une offense à la procédure irlandaise : "il est inconcevable qu’une justice étrangère organise un procès pour un dossier qui n’a pas été tranché par la justice nationale" referme Me Tricaud.

En conséquence, que va-t-il se passer devant la cour d’assises ? Quel sera le sort de Ian Bailey à l’issue de son procès ?

Il s’agit d’un procès criminel par défaut, c’est-à-dire que la cour se réunit sans jury. Comme la plupart des témoins cités ne viendront pas eux non plus, le procès risque de tourner court avec : la lecture du rapport du président, l’audition des parties civiles et la plaidoirie de leur avocat, puis le réquisitoire de l’avocat général juste avant que les trois magistrats se retirent pour délibérer.

À l’issue du verdict, Ian Bailey pourra soit bénéficier d’un acquittement, soit être condamné à une peine de toute façon symbolique puisqu’il ne sera pas présent pour l’exécuter, et qu’il serait rejugé si un jour il acceptait de se présenter devant la justice française.

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