L'ancien chef de l'État a été interrogé ce mardi pendant un peu moins de 5 heures par le tribunal correctionnel, dans l'affaire de ses comptes de campagne de 2012. Nicolas Sarkozy s'est défendu avec véhémence de tout excès.

Nicolas Sarkozy au Palais de Justice de Paris, ce mardi 15 juin
Nicolas Sarkozy au Palais de Justice de Paris, ce mardi 15 juin © AFP / Christophe ARCHAMBAULT

Son nom a été peu cité depuis le début du procès Bygmalion. Pourtant, son ombre est partout. Jusqu'ici représenté à l'audience par son avocat, Nicolas Sarkozy s'est présenté pour la première fois ce mardi devant la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Depuis le 20 mai, celle-ci se penche sur les comptes de campagne 2012 de l'ancien chef de l'État et la mise en place d'un système de double facturation permettant de masquer l'explosion des dépenses : 42,8 millions d'euros, près du double du montant autorisé (22,5 millions d'euros). Ainsi, près de 80% du coût des meetings du président-candidat avait été payé par l'UMP, sous couvert de conventions bidons. 

Dernier des 14 prévenus à être interrogé, Nicolas Sarkozy est le seul à ne pas avoir été renvoyé pour "escroquerie" ou "usage de faux", mais seulement pour "financement illégal de campagne électorale".

Casser l'image de démesure

Lors de son interrogatoire, masque sous le nez, tout en gesticulations, Nicolas Sarkozy revient sur les prémices de sa campagne, en janvier 2012. À l'époque, il n'est pas encore candidat, mais ses intentions ne font guère de doute. "Chacun sait qu'un président sortant a de grandes chances de se représenter. Tout le monde n'est pas M. Hollande...", tacle-t-il. Sa priorité à ce moment là : savoir "quoi dire" aux Français, pour les convaincre de lui accorder cinq années supplémentaires à l'Elysée. Côté organisation, il lui faut se constituer une équipe. Il choisit comme trésorier Phililippe Briand, "un chiraquien", questeur à l'Assemblée, Guillaume Lambert, un préfet "non politique" pour diriger sa campagne, et un copéiste, Jérôme Lavrilleux, pour s'occuper des meetings. 

Alors qu'à la barre a été décrite une campagne lancée comme un train à grande vitesse, où il en faut toujours plus pour gagner des points dans les sondages, "ma campagne de 2012 est la sœur de celle de 2007", assure Nicolas Sarkozy. Même nombre de meetings, 44, bien que la période soit plus resserrée, en raison d'une candidature plus tardive. L'ancien président insiste aussi sur son souci de ne pas voir trop grand. Pour preuve, ce QG de campagne de moins de 500 mètres carrés, rue de la Convention à Paris. "Je voulais un petit QG parce qu'un grand, ça sert à rien et ça coûte de l'argent.

Pour les formats des meetings, malgré le "point d'orgue" organisé à Villepinte, le 11 mars, pas de démesure. "J'ai toujours dit à mon équipe que j'aimais les petites réunions, de mille à deux mille personnes. On est au contact des gens, ça galvanise." Sur les équipements, sa seule préoccupation : "Une bonne sono, pour ne pas me casser la voix. Je ne suis pas Patrick Bruel". Et un bon éclairage, "pour ne pas avoir l'air blafard".

Il raconte aussi avoir dû se résoudre à abandonner l'idée d'un meeting à Bercy. "Guillaume Lambert, mon directeur de campagne, m'a dit qu'il n'y avait pas l'argent, Bercy ça coûte cher." À Toulouse, c'est dans un hangar que sont réunis les militants. "Elle est où, la campagne somptueuse… elle est où la campagne en or massif ?" s'insurge Nicolas Sarkozy, en élevant la voix. "Aucun article de presse n'a relevé une campagne extravagante", assène-t-il plus tard.

"Pas le temps pour un point comptable"

La présidente du tribunal cherche à savoir s'il était informé du rythme des dépenses. "Je suis président de la République. Je n'ai pas de temps à consacrer pour un point comptable. Tout le monde me disait que ça fonctionnait, je n'avais pas de raison de m'en préoccuper plus que cela", répond-il.

Durant les 4 heures et demi qu'a duré son interrogatoire, Nicolas Sarkozy l'a martelé à maintes reprises : les 20 millions d'euros de dépassement ne sont pas allés dans sa campagne. Sous entendu : l'argent a été détourné. Au profit de qui ? Le prévenu ne le dit pas explicitement, mais depuis le début de l'affaire, ses lieutenants n'ont eu de cesse d'accuser le clan de Jean-François Copé de s'être constitué un pactole. Une thèse pourtant battue en brèche au cours de l'instruction, notamment par une expertise comptable, et que rien n'a permis d'étayer depuis le début du procès. Blanchi, c'est d'ailleurs comme simple témoin que Jean-François Copé a été entendu la semaine dernière. Déjà condamné à de la prison ferme dans l'affaire des écoutes, Nicolas Sarkozy, lui, encourt un an de prison et 3 750 euros d'amende. 

Le procès Bygmalion doit se poursuivre jusqu'au 22 juin.