Le surnom semble à peine exagéré. Jacobus Van Nierop est poursuivi par le tribunal correctionnel de Nevers pour avoir mutilé ou blessé plus d'une centaine de patients, dans son cabinet de Château-Chinon, entre 2008 et 2012.

Il avait auparavant exercé aux Pays-Bas. L'ex dentiste est aussi accusé d'avoir escroqué plusieurs patients, ainsi que la sécurité sociale.

Poursuivi pour violences volontaires, dont certaines ont entraîné des mutilations et infirmités permanentes, et escroquerie, Jacobus Van Nierop encourt 10 ans de prison et 150.000 euros d'amende.

"Petit piqûre" : c'était le début, invariable, de chaque consultation chez le Dr Van Nierop. Adepte de l'anesthésie coup-de-massue, le dentiste néerlandais ne faisait pas dans le détail, raconte Nicole Martin, qui préside l'association du Collectif dentaire. Cette retraitée de l'éducation nationale était venue consulter pour un plombage qui était tombé:

Le cabinet est flambant neuf, et il fait remplir un dossier, ce qui fait très sérieux. Ensuite, il fait asseoir sur le fauteuil, et s'un seul coup : 'petit piqûre', j'ai pas le temps de dire ce que j'avais : 'petit piqûre, moi voir'. Au bout de dix minutes, je suis ressortie, impossible de savoir ce qu'il avait fait, la secrétaire redonne tout de suite un rendez-vous. Il était tellement imposant, avec un sourire en coin...

Le dentiste a en fait dévitalisé la dent. Nicole Martin découvrira plus tard que pour ce seul premier rendez-vous, Van Nierop a facturé 15 soins. Plus tard, il pose une couronne qui la fait atrocement souffrir :

Quand l'anesthésie a fini de faire effet, j'ai senti une douleur intense. C'était le week-end de Pâques, je me suis dopée aux anti-inflammatoires... ça fait souffrir atrocement, si j'avais pu, je crois que j'aurais enlevé moi-même la couronne, c'était à se taper la tête contre les murs.

Au final, Nicole Martin, du fait de soins injustifiés et inadaptés, a perdu 3 molaires, et versé 900 euros au dentiste.

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Le Morvan l'accueille comme un sauveur

On estime qu'en trois ans d'exercice, le Dr Van Nierop a vu 2.800 patients. 120 victimes se sont signalées auprès du Collecfif dentaire. Des infections à répétition, des débuts de septicémie, des morceaux de dents laissés dans les gencives, des appareils défectueux, la totalité des dents d'une mâchoire enlevées d'un coup... La liste des horreurs endurées est longue. Alors pourquoi les habitants de Château-Chinon continuaient-ils d'aller chez ce praticien aux méthodes douteuses? En 2008, il avait été accueilli comme un sauveur dans ce désert médical du Morvan, rapelle Charles Joseph-Oudin, l'avocat d'une trentaine de parties civiles :

Il vient s'installer dans le Morvan, qui est un pays un peu isolé, il y fait froid... Ce dentiste est 'importé' par les autorités locales (recruté par un chasseur de têtes, il a bénéficié d'aides du Conseil général ndlr ), et il est accueilli quasiment comme un sauveur. Il avait des diplômes, mais avait fait l'objet de poursuites aux Pays-Bas. Comment a-t-il pu s'installer en France sans que ces éléments aient été connus? Est-ce qu'il y a eu des manquements des autorités? On verra à l'issue du procès s'il y a des griefs qui peuvent être reprochés, notamment au Conseil de l'Ordre des chirurgiens-dentistes.

Un personnage torturé

Jacobus Van Nierop, "dentiste de l'horreur"
Jacobus Van Nierop, "dentiste de l'horreur" © MaxPPP
En attendant, seul l'ex dentiste comparaît devant le tribunal. Il est détenu depuis son arrestation en septembre 2014 au Canada, où il s'était enfui. Depuis, l'homme a multiplié les déclarations fantasques, se disant suicidaire, transgenre... Il a prétendu avoir tué sa première femme aux Pays-Bas, pour ne pas être extradé en France. Pour Charles Joseph-Oudin , le personnage, complexe, est plus qu'un un simple escroc : > On ne sait pas pourquoi il faisait tout ça. Est-ce que c'était uniquement l'argent? Il y a un aspect financier, mais ce n'est pas le seul. On le décrit comme un personnage mégalomaniaque, qui dépensait beaucoup d'argent, qui menait grande vie, assez 'consommateur' de femmes, de grosses voitures, de belles maisons... Un personnage certainement torturé, avec une difficulté d'empathie envers ses patients qui exprimaient de la souffrance. En réalité, on ne sait pas très bien qui il est.. Et c'est l'objectif de ce procès : comprendre qui on a en face de nous. Sollicitée, son avocate, Delphine Morin-Meneghel, n'a pas souhaité s'exprimer. Au Journal du Centre, l'avocate a confié que Jacobus Van Nierop reconnaît avoir commis des erreurs, mais sans avoir jamais eu la volonté de faire du mal. ### Colère et traumatisme
Nicole Martin, Sylviane Boulesteix et Thérèse Zbinden, présidente et membres du "Collectif dentaire"
Nicole Martin, Sylviane Boulesteix et Thérèse Zbinden, présidente et membres du "Collectif dentaire" © Radio France
Pour les parties civiles, l'objet du procès, ce sera d'abord d'être reconnues comme victimes. Au-delà des souffrances physiques et des difficultés financières - certains ont dépensé plusieurs milliers d'euros en prothèses défectueuses - ce qui les hante toujours, c'est un sentiment d'humiliation, raconte Nicole Martin. > Avec le recul, on se culpabilise, on se dit 'j'étais la reine des imbéciles'. Pourquoi j'y retournais? Il avait un art de manipuler. Quand il faisait les radios, il disait : 'grave, urgent...'. Il instillait un doute qui fait qu'on n'osait plus reculer. On était pris dans une toile d'araignée, on avait des rendez-vous qui s'enchaînaient, avec la secrétaire qui rappelait, c'était du harcèlement. Je lui en veux, parce qu'il savait très bien ce qu'il faisait : il venait dans le monde rural, il s'est dit 'on peut leur faire ce qu'on veut, ils ne diront jamais rien'... C'est une forme d'humiliation. Depuis, tous ont développé une phobie du dentiste. Quand elle y est retournée, Nicole Martin était "tétanisée sur le siège". Il a fallu que le dentiste lui parle pendant un quart d'heure, qu'il arrête à plusieurs reprises... Elle souffle. "C'est un vrai traumatisme." Sylviane Boulesteix était, elle aussi, une patiente du Dr Van Nierop. Cette petite femme retraitée de 65 ans s'est constituée partie civile. Elle s'est confiée à Corinne Audouin. Attention, âmes sensibles s'abstenir. > **_Quand je suis arrivée, sur le siège, il m'a arraché huit dents d'un coup. Je suis restée quatre heures dans son cabinet, à pisser le sang. Ensuite, il m'a mis directement l'appareil sur la gencive, à vif._**
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