Le collectif Familles Unies, qui rassemble des parents et des grands-parents d'enfants Français toujours en Syrie ou en Irak, lance un cri d'alarme, pour réclamer le "rapatriement immédiat" des dizaines d'enfants retenus dans des camps kurdes avec leurs mères. "Ces enfants sont innocents", rappelle le collectif.

Le Collectif Familles Unies lors de sa première manifestation publique, en septembre 2018, à Paris.
Le Collectif Familles Unies lors de sa première manifestation publique, en septembre 2018, à Paris. © Radio France / Sophie Parmentier

Ce sont des enfants "parfaitement innocents, qui n'ont rien demandé, et qui sont victimes de Daesh et de la guerre", écrit dans son dernier communiqué ce Collectif Familles Unies, qui regroupe des parents et grands-parents soudés pour faire revenir leurs proches, partis en zone irako-syrienne depuis 2012.

Ces grands-parents, pour beaucoup, ne connaissent pas tous leurs petits-enfants, certains étant nés sur place. Souvent, ils n'ont connu que les aînés, chouchoutés, avant un départ brutal des parents, radicalisés ou embrigadés. Aujourd'hui, la plupart de ces grands-parents rêvent de prendre soin de tous leurs petits-enfants. De pouvoir les accueillir en France.

Le dilemme  des mères : laisser repartir ses enfants ou pas ?

La France envisage depuis des mois de rapatrier ces enfants. Quelques-uns l'ont d'ailleurs été sans leurs parents. C'est le cas des trois aînés de Mélina Boughedir, condamnée à vingt ans de prison en Irak. Cette veuve de djihadiste a été la première à accepter de laisser repartir ses trois grands, âgés de seulement 4, 6 et 7 ans. Seule sa petite fille, bébé, est restée avec elle dans une prison irakienne. Lors de son procès, en juin 2018 à Bagdad, elle disait regretter le départ de ses enfants, dont elle n'a plus tellement de nouvelles.

Ce que la France envisage pour les dizaines d'autres enfants retenus avec leurs mères dans des camps kurdes, à Roj, Aïn Issa, ou Al Hol, est une séparation identique.

À Roj, où il y a une quinzaine de Françaises et une cinquantaine d'enfants, les femmes racontent que des émissaires du gouvernement français leur ont demandé si elles étaient d'accord pour que leurs enfants rentrent en France sans elles, et qu'elles soient jugées au Kurdistan. Après avoir dit oui, plusieurs mères se sont rétractées, assurent leurs proches, au sein de ce Collectif Familles Unies.

Le Collectif déplore que ces femmes aient été "placées devant le choix suivant : _accepter le départ de leurs enfants sans espoir de les revoir un jour, et sans aucune visibilité sur leur avenir à elles, ou garder leurs enfants avec elles, dans un pays en guerre._" Le collectif estime que "la position des autorités françaises (rapatrier les enfants sans les mères mais avec l'autorisation de celles-ci) équivalait de facto à ne pas rapatrier des enfants français prisonniers."

À Roj, la nuit, il fait deux-trois degrés sous la tente, où dorment mes petits-enfants", dit un grand-père inquiet

"Nous avons quatre petits-enfants, ils ont huit, quatre, deux ans, et le dernier, de deux mois, est né sous une tente dans le camp de Roj", raconte l'un des grands-pères de ce collectif, qui s'est confié à France Inter, en conservant son anonymat. "Nous pensions, quand ils sont rentrés dans ce camp de Roj, qu'ils étaient en sécurité. Là, nous pensons qu'ils sont de nouveau en danger. Les enfants sont malades à tour de rôle. Actuellement, le froid arrive. La nuit, il commence à faire 2 ou 3 degrés. Et les enfants ont froid", se désole ce jeune grand-père.

Nous sommes très très inquiets en particulier pour le bébé

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L'un des grands pères du collectif confie sa peur pour la santé de ses petits enfants

Par Sophie Parmentier

Avec son épouse, ils ont régulièrement des nouvelles de leur belle-fille, détenue à Roj avec les quatre enfants. Leur fils est lui incarcéré dans une prison tenue par les Kurdes, près du camp de Roj.

Des prisonniers français bientôt livrés à Bachar al-Assad ?

L'une des grandes craintes de ce collectif, c'est une rumeur qui tourne en boucle depuis plusieurs jours dans les camps : avec l'annonce du retrait des troupes américaines en Syrie, et la menace d'une offensive turque sur les Kurdes, le Collectif Familles Unies redoute que les Français détenus dans des camps et les prisons en Syrie, soient livrés au régime de Bachar al-Assad. "Que deviendraient alors les enfants ?", s'angoissent les grands-parents de ce collectif. "Ces enfants sont actuellement en danger de mort : il faut les sauver, et il y a urgence !" écrit le collectif dans son communiqué.

Le collectif réclame, avec les enfants, le retour des parents, avec des extraditions, "en exécution des mandats d'arrêt internationaux édictés par la justice française". La justice française, elle, répète qu'elle ne peut négocier avec le Kurdistan, où il n'y a pas d'autorité judiciaire équivalente. Et le statu quo demeure, plus d'un an après la chute de Raqqa, et l'arrivée de ces enfants dans les camps kurdes. 

La justice belge, elle, vient de prendre une décision bien différente. Ce mercredi, à Bruxelles, des juges ont ordonné à la Belgique de rapatrier six enfants belges retenus avec leurs mères dans le camp kurde d'Al-Hol. La Belgique a quarante jours pour exécuter cette décision, au nom des intérêts de l'enfant. Et les mères de ces enfants devront être elles aussi rapatriées, disent les juges belges, redonnant de l'espoir au Collectif Familles Unies.

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