La société Ikea France et quinze autres personnes sont renvoyées devant un tribunal correctionnel pour des faits de "violation du secret professionnel" et de "collecte de données personnelles". Une pratique illégale, que l’enseigne suédoise de meubles en kit semble avoir développé à l’échelle nationale.

Des enquêtes sur ses employés à Rouen, Reims, Tours, Rennes, Avignon ou encore Brest.
Des enquêtes sur ses employés à Rouen, Reims, Tours, Rennes, Avignon ou encore Brest. © AFP / Jeff Pachoud

Il aura fallu plus de huit ans d'enquête pour décortiquer ce que la juge d'instruction qualifie dans son ordonnance de renvoi, que France Inter a pu consulter, comme un véritable “système d’espionnage organisé”. Système par lequel Ikea France, via son département de gestion des risques et diverses sociétés privées, faisait réaliser des enquêtes sur ses employés à Rouen, Reims, Tours, Rennes, Avignon ou encore Brest. À l'échelle nationale, donc, comme le souligne encore la juge d'instruction. 

"Ce sont des cadres de haut niveau qui ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel", souligne Me Sofiane Hakiki, avocat de plusieurs dizaines parties civiles : "mes clients se félicitent de cette décision après huit ans d’instruction." 

"Notre ami roule en décapotable"

La collecte d'information consistait essentiellement en des demandes d’antécédents judiciaires, moyennant entre 80 et 120 euros par personne.  “Pouvez-me dire si tout est ok? ”, peut-on ainsi lire sur les e-mails saisis par les enquêteurs, listings d’employés "à tester" en pièces jointe.

D’autres demandes sont un peu plus précises : "on a un collaborateur qui venait de l’ANPE, et il roule en Porsche Carrera". Il y a aussi cette employée jugée trop “bronzée” pour avoir été légitimement en arrêt maladie ou encore cet e-mail, au sujet d’un salarié du magasin de Vitrolles : "notre ami roule en décapotable neuve et aurait un train de vie supérieur à ses revenus."

Une collecte de données personnelles précieusement gardée dans un coffre-fort au siège français de l’entreprise, qui reposait sur une étroite collaboration avec la police. Quatre policiers, dont un commandant, font ainsi partie des prévenus pour avoir transmis des informations relevant de leurs fichiers internes à l’enseigne de meubles en kit. 

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