Ce mercredi doit s’ouvrir à Paris un nouveau procès de l'entreprise Take Eat Easy. Une vingtaine d’anciens livreurs à vélo rennais demandent un dédommagement à la plateforme.

La plateforme Take Eat Easy a cessé son activité du jour au lendemain, en juillet 2016
La plateforme Take Eat Easy a cessé son activité du jour au lendemain, en juillet 2016 © Maxppp / Christophe Lefebvre

L'occasion de faire le point sur cette ancienne start-up de livraisons de repas à domicile à vélo.

Take Eat Easy : c’est quoi ?

Fondée en 2013 par Chloé et Adrien Roose, Take Eat Easy est une plateforme belge, spécialisée dans la distribution de repas à vélo. Le principe était simple. Il suffisait de se connecter à la plateforme, de choisir sa ville et son quartier puis commander son repas en fonction des restaurants proposés. Un supplément de 2,50 euros était alors demandé au consommateur, pour la livraison à domicile. Le temps moyen de la livraison était estimé à 28 minutes. L’entreprise, présente dans 20 villes en Europe, dont Paris, Bordeaux, Rennes, Berlin, Londres et Madrid, a finalement été placée en redressement judiciaire, en juillet 2016, soit trois ans après son lancement. La raison : elle ne parvenait pas à clôturer une troisième levée de fonds, et les revenus de cette dernière ne couvraient pas encore les coûts.

Pourquoi parle-t-on de Take Eat Easy aujourd’hui ?

Un nouveau procès visant les pratiques douteuses de Take Eat Easy s’ouvre ce mercredi devant les prud’hommes de Paris. Pendant quatre mois, le Rennais Vincent Poulain a enchaîné les courses à vélo pour la plateforme. Du jour au lendemain, il a reçu un mail pour le prévenir de la liquidation de l’entreprise. "C’est là que j’ai compris que j’avais perdu 5000 euros, à savoir l’argent qu’ils ne m’avaient pas payé. Et que je n’allais jamais être payé", déclare-t-il. Aujourd’hui, en plus de demander un dédommagement, il souhaite, aux côtés d’autres ex-coursiers, prouver son statut de salarié."On avait des instructions qui étaient données verbalement ou via des groupes Facebook. On avait des uniformes, tout un tas d’éléments qui font que nous sommes en droit d’arguer ce lien de subordination."

En mai dernier, neuf ex-livreurs de la plateforme Take Eat Easy ont déjà saisi les prud'hommes de Paris, pour demander la requalification de leur statut. Tous étaient enregistrés comme auto-entrepreneurs, une condition obligatoire pour travailler avec la plateforme belge, et avaient signé avec l'application un contrat de prestation de service. De la même manière que les coursiers Deliveroo. Le statut d’auto-entrepreneur a plusieurs particularités : l’achat et l’entretien du vélo reviennent à la charge du coursier, ce dernier peut choisir ses plages horaires de travail mais ses congés ne sont pas payés. Il doit également lui-même souscrire une assurance.

Selon Jérôme Pimot, porte-parole des coursiers à vélo, ces livreurs considérés comme "travailleurs indépendants" sont en fait des "salariés déguisés". Leur rémunération, notamment, leur était "imposée". "On ne décidait de rien", commente leur porte-parole, pour qui le lien de subordination était présent "à tous les niveaux".

Et si la justice donne raison aux coursiers à vélo : ça change quoi ?

Si une requalification du contrat est permise, cela permettrait aux coursiers passés par les prud'hommes en mai de toucher les salaires qu'ils n'ont pas touchés pour leurs courses de juillet dernier. Pourtant, pour Grégoire Leclercq, co-fondateur de l'Observatoire de l'ubérisation et président de la Fédération des auto-entrepreneurs, la requalification du statut de ces indépendants en salariés n'est pas une bonne idée. "Tout le monde y perdra, les plateformes parce qu'elles ne pourront plus réaliser leurs services, satisfaire les consommateurs et fournir des revenus aux indépendants. Et les indépendants eux-mêmes qui se retrouveront à la case départ c'est-à-dire rechercher à nouveau un revenu ou un emploi", précise Grégoire Leclercq.

Le responsable de l'Observatoire de l'ubérisation insiste également sur la nécessité de voir évoluer la législation à ce sujet. Il "plaide pour une prise en charge sociale de la part des plateformes de diverses cotisations (...), de la mutuelle, de négociations de groupe etc. L'indépendant serait alors de mieux en mieux protégé et de moins en moins précaire".

Lors du procès à Paris en mai dernier, dont le jugement sera rendu le 27 septembre, l’avocat Me Joureau a réclamé pour chaque ex-coursier plus de 13 000 euros de dommages et intérêts pour "rupture abusive" du contrat et "travail dissimulé". Aussi, plusieurs milliers d’euros au titre de rappels de salaires et congés payés.

Take Eat Easy n’est pas la seule plateforme du genre à être négativement sous les feux des projecteurs. En mars dernier, les livreurs de repas à vélo des entreprises Deliveroo et Foodora se sont rassemblés dans plusieurs villes de France pour demander de meilleurs tarifs.

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