Procès des attentats de janvier 2015, jour 1 - Le procès historique des attentats de janvier 2015 s'est ouvert ce mercredi 2 septembre. Pendant plus de deux mois, France Inter reviendra en détail sur l'audience du jour. Au programme ce mercredi : visages masqués, yeux embués et premières passes d'armes.

Le procès hors norme et "historique" des attentats de janvier contre Charlie Hebdo, des policiers et l'Hyper Cacher s'est ouvert mercredi à Paris.
Le procès hors norme et "historique" des attentats de janvier contre Charlie Hebdo, des policiers et l'Hyper Cacher s'est ouvert mercredi à Paris. © Corbis / Matthieu Boucheron

Une audience historique. Le procès des attentats de janvier 2015 s'est ouvert ce mercredi 2 septembre, cinq ans après les attentats de Charlie Hebdo, de l'Hyper Cacher et de Montrouge, où 17 personnes ont perdu la vie. Un procès dont la première journée a été marquée par un dispositif de sécurité drastique, des masques controversés, des passes d'armes entre avocats... et aussi une petite bévue du président d'audience. Récit. 

Compte rendu de la première journée : visages masqués, passes d'armes et yeux embués

Ils sont arrivés au compte-goutte dans la salle d'audience. Avant cela, il leur a fallu pénétrer dans le périmètre ultra-sécurisé dans lequel se trouve la salle. Contrôle d'identité. Fouille. Vérification des sacs. Nouveau contrôle d'identité. Et puis cette salle d'audience, l'une des plus grandes du tribunal judiciaire. Murs lambrissés, box vitrés et bancs blancs.

"Il n'y a plus de place..."

On a d'abord vu s'avancer les avocats - défense et parties civiles. Enfin certains. Car ils sont 94 au total. Et très vite, on entend ce policier annoncer : "il n'y a plus de place pour les avocats de parties civiles. Il faut aller dans les salles de retransmission". Quatre autres salles sont mobilisées pour ce procès. 

Mais voilà qu'arrivent les premières victimes elles-mêmes. Laurence Saada, épouse de Michel Saada père de famille bon vivant tué dans l'attentat de l'Hyper Cacher ; Michel Catalano, gérant de l’imprimerie de Dammartin-en-Goële dans laquelle se sont réfugiés les frères Kouachi à la fin de leur cavale ; Lassana Bathily, magasinier de l’Hyper Cacher qui a aidé otages et forces de l’ordre. 

Et puis, se serrant sur les bancs, l’équipe de Charlie Hebdo : proches des membres de la rédaction assassinés, survivants blessés, traumatisés, collègues de toujours. Patrick Pelloux, Sigolène Vinson, Riss, Simon Fieschi, Richard Malka. De longues étreintes. Des yeux qui s'embuent. Une émotion palpable. 

Et soudain, le silence absolu. La cour fait son entrée. L’audience, historique, est désormais ouverte. Il est d'abord question de logistique, de cette organisation considérable qu’implique un tel procès. Plus de 200 parties civiles. Près de 150 témoins et experts, tous cités, un à un. C’est forcément long.  Un peu laborieux, parfois. Dans les box vitrés et sécurisés, les 11 accusés scrutent tantôt le public, tantôt les écrans sur lesquels s’affichent les autres salles dédiées.

"Est-ce respecter la souffrance ?" 

Mais il ne faut pas longtemps pour assister aux premières passes d’armes entre avocats. Et voir les masques tomber ... au sens propre. L’avocate du principal accusé (jugé pour complicité d'assassinats terroristes et qui encourt pour cela la réclusion à perpétuité), Me Isabelle Coutant-Peyre, se lève. Elle dénonce le fait que ce procès se tienne dans le nouveau tribunal judiciaire de Paris et pas l’ancien palais qui abrite la cour d'appel, entend plaider le renvoi de l'audience dans l’attente de la mise en examen, nécessaire selon elle, des fournisseurs d’armes. Peste encore contre le planning de l'audience : "les témoins cités par la défense, limités à cinq par accusé, sont relégués un soir à 17h30". Et s'insurge contre "l'inégalité entre les parties".

En partie civile, on crie à l’indécence. Les adjectifs pleuvent pour dénoncer l'intervention de Me Coutant-Peyre : "odieux", "dilatoire", "saugrenu". “Est-ce respecter la souffrance que d’énumérer des arguments qui n’en sont pas ?” interroge Me Catherine Szwarc. Il faut alors les mots de compromis d'un autre avocat de la défense. “Quel que soit l’enjeu que nous mesurons tous, rappelle Me Christian Saint-Palais, quelle que soit l’émotion que nous partageons tous, il faut que nous soyons dans l’échange judiciaire. Et non pas dans l’invective.”  Une note enfin apaisante pour conclure cette première matinée d'audience. 

Un dispositif de sécurité impressionnant. Les accusés sont répartis dans deux box, étroitement encadrés par des policiers encagoulés
Un dispositif de sécurité impressionnant. Les accusés sont répartis dans deux box, étroitement encadrés par des policiers encagoulés © Radio France / Matthieu Boucheron

"Vous allez juger un homme dont vous ne voyez pas le visage ?" 

À la reprise de l'après-midi, tous s'apprêtent à écouter la lecture du rapport du président, exercice traditionnellement laborieux pour ne pas dire ennuyeux, mais passage obligé de tout début de procès d'assises. Le président prévient : il en aura pour quatre heures de lecture. Mais il entend rappeler avant cela que le masque est obligatoire dans la salle d'audience, "y compris lors de prises de parole". Certains s'en étaient affranchis lorsque, dans la matinée, ils se sont avancés à la barre. Et "je ne voudrais pas qu'on devienne un cluster", prévient le président de cette cour d'assises spécialement composée. 

Mais les avocats pestent, voudraient plaider démasqués. Et puis Me Beryl Brown, avocate de la défense demande : "entendez-vous interroger les accusés masqués, monsieur le président ? Car je pense que cela pose un problème". "Oui, y déroger, c'est exposer tout un chacun" s'explique Régis de Jorna. "Vous allez juger un homme dont vous ne voyez par le visage ?" insiste l'avocate. La question fait débat, gêne le président aux entournures. Il promet d'en "référer au premier président". Réponse attendue demain. 

Le "oups" du jour

Il est 15h21, le président Régis de Jorna a entamé la lecture de son rapport sur les éléments à charge et à décharge qui concernent les 14 accusés. Revenant sur la journée du 7 janvier 2015, il énumère, un à un, les noms des 11 personnes assassinées dans l'immeuble de Charlie Hebdo : "Jean Cabut, dit Cabu, Philippe Honoré, Bernard Verlhac dit Tignous ...". Et le président de poursuivre : "François Charbonnier dit Charb". Sauf que Charb s'appelait Stéphane. Pas François. Pour beaucoup, l'impair est passé inaperçu. Mais pour la maman de l'ancien directeur de publication de Charlie Hebdo, l'erreur est trop douloureuse. Elle sort de la salle en larmes, clamant à voix haute : "il s'appelait Stéphane"

Au programme de l'audience demain

Le deuxième jour d'audience, ce jeudi, marquera le début des interrogatoires de personnalité des accusés. Abdellaziz Abbad, Michel Catino et Mohamed Fares doivent ainsi être entendus sur leurs parcours de vie (et non pas sur les faits qui leur sont reprochés, ce sera réalisé dans un second temps). Viendront ensuite les auditions de Metin Karasular, Said Maklouf, Miguel Martinez et Nezar Pastor Alwatik vendredi. Certains de leurs proches et quelques enquêteurs de personnalité sont également attendus à la barre. 

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