Jusqu’où peut aller la liberté d’expression ? La cour de cassation, la plus haute juridiction judiciaire française, a tranché définitivement dans une affaire qui oppose depuis des années Marine Le Pen à Laurent Ruquier.

La Cour de cassation a rejeté vendredi un pourvoi de Marine Le Pen sur un dessin la caricaturant en "étron fumant"
La Cour de cassation a rejeté vendredi un pourvoi de Marine Le Pen sur un dessin la caricaturant en "étron fumant" © AFP / Alain Jocard

En 2012, l’animateur avait exhibé dans son émission "On n'est pas couché" un dessin paru dans Charlie Hebdo : on y voyait la leader du Front National caricaturée en excrément. 

Marine le Pen a attaqué Laurent Ruquier en justice. Et finalement, au bout de 7 ans de procédure et de 5 procès, la cour de cassation donne raison à l’animateur.

Pique ou atteinte à la dignité ?

Au départ, Laurent Ruquier remporte les deux premières manches, la cour d'appel de Paris estimant que ce dessin de Charlie Hebdo représentant un étron fumant et surtitré "Le Pen, la candidate qui vous ressemble", était certes grossier mais qu'il ne constituait pas une attaque contre sa personne, plutôt une pique visant la candidate à la présidentielle. Et que dans ce cas, l'humour devait être largement toléré. 

Mais en 2016, troisième procès, la cour de cassation renverse l'analyse en concluant à une atteinte à la dignité de Marine Le Pen, atteinte qui dépasse les limites admissibles à la liberté d'expression.

La cour d’appel, de nouveau saisie, confirme pourtant son premier arrêt de relaxe pour l’animateur et aujourd’hui donc, au terme du cinquième et dernier procès, devant l’assemblée plénière, la cour de cassation infirme sa propre jurisprudence de 2016. Elle détermine que l'atteinte à la dignité ne peut être un barrage à la liberté d'expression, dès l'instant où ce dessin est  présenté au cours d'une émission polémique et qu'il provient d'un journal satirique. C'est pour la cour de cassation une question de juste équilibre. 

C’est la troisième fois que Marine Le Pen se retrouve déboutée dans des affaires d’injures

Elle avait perdu la bataille contre le même Laurent Ruquier qui avait présenté des personnages politiques sous forme d’arbres généalogiques, et celui de Marine Le Pen avait la forme d’une croix gammée. Elle avait également perdu son procès contre l’humoriste Nicolas Bedos qui, dans un article de Marianne, avait qualifié Marine Le Pen de salope fascisante. 

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