A Reykjavik, les manifestants protestent après avoir appris que le Premier ministre figure sur la liste.
A Reykjavik, les manifestants protestent après avoir appris que le Premier ministre figure sur la liste. © Reuters / Stigtryggur Johannsson

Le journal Le Monde , et un consortium mondial de journalistes d’investigation ont eu accès à près de 11,5 millions de documents issus d’une firme panaméenne de domiciliation de sociétés offshore. Ses révélations ont d'importantes conséquences partout dans le monde.

Les révélations vont s’étaler sur toute la semaine, et elles ont de quoi faire trembler. Le journal Le Monde , le magazine Cash Investigations, et un consortium international de 107 médias lancent ce dimanche soir une série de révélations sur des personnalités ayant créé ou utilisé des sociétés offshore basées dans des paradis fiscaux. Après Wikileaks, Swissleaks, UBS Leaks, voici donc l’affaire des "Panama Papers".

Juste après ces révélations, plusieurs pays ont ouvert des enquêtes pour blanchiment. En Islande c’est un séisme politique. Lundi A Reykjavik, les manifestants sont des milliers à protester après avoir appris que le Premier ministre Sigmundur Gunnlaugsson, figure sur la liste de ceux qui possèdent un compte offshore.

Des enquêtes fiscales ont été lancées en France, en Espagne et en Australie après ces révélations. En Russie, c’est l’indignation et les démentis en cascade après qu’on ait appris que des amis de Poutine possédaient des comptes au Panama.

Poutine, Platini, et un millier de Français

Cette enquête dévoile les noms de ceux qui pratiquent ou ont pratiqué, entre 1977 et fin 2015, de l’évasion fiscale, en utilisant les services d’une société panaméenne, Moosaack Fonseca, afin d’échapper à l’impôt. Dans cette liste, on trouve douze chefs d’Etat, dont six en activité (notamment Vladimir Poutine), 128 dirigeants politiques et hauts fonctionnaires, ainsi que 29 des 500 personnes les plus riches du monde, et un millier de Français. Sont également citées des personnalités telles que le footballeur Lionel Messi, le député-maire Les Républicains de Levallois Patrick Balkany, l'homme d’affaires Patrick Drahi, ou encore Michel Platini, le patron suspendu de l’UEFA.

Les précisions de Sara Ghibaudo sur le "cas Platini".

En plus des noms connus qui auront un retentissement, cette liste démontre aussi un système de blanchiment d'argent du crime organisé et de la corruption.

Les sociétés offshore permettent de dissimuler l'identité de leur propriétaire, qui se cachent parfois derrière trois ou quatre sociétés écrans afin d'échapper au mieux aux juridictions fiscales.

En novembre 2015, un collectif d'une quinzaine d'associations européennes, dont le CCFD-Terre Solidaire et Oxfam, avait comparé les politiques de quinze pays européens en matière de lutte contre l'évasion fiscale, et en avaient conclu que les Etats qui s'étaient engagés à une plus grande transparence, n'avaient pas vraiment pris la mesure du problème.

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Mossak Fonseca est un facilitateur d'évasion fiscale. Elle le fait de la manière la plus légale possible. Mais derrière il y a aussi des banques qui facilitent qui jouent le role d'intermédiaires entre les riches qui veulent frauder le fisc et les banques. C'est un réseau plus complexe qui va au delà de Mossak Fonseca , réagit Manon Aubry, spécialiste de l'évasion fiscale pour l'ONG Oxfam.

La plus grosse fuite de documents de l’histoire du journalisme

A la base de cette enquête, une source qui a fourni une base de données internes gigantesque aux journalistes : celles du cabinet panaméen Mossack Fonseca, "l’un des leaders mondiaux de la domiciliation de sociétés offshore ", selon Le Monde . Cela représente 2,6 téraoctets de données, ce qui représente des années de lecture. C’est pourquoi le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) a rassemblé ses forces pour en venir à bout. Leur enquête, menée dans le plus grand secret, a duré un an.

Carte des paradis fiscaux
Carte des paradis fiscaux © Radio France / Idé
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