Le parquet national antiterroriste a réclamé vendredi un procès aux assises contre 20 personnes dans l'enquête sur les attentats du 13 novembre 2015, dont Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos des attaques à Paris et Saint-Denis. France Inter a pu, en exclusivité, consulter ces réquisitions.

Des Français rendant hommage aux 130 victimes du 13-Novembre, quelques jours après les attaques de Paris et Saint-Denis.
Des Français rendant hommage aux 130 victimes du 13-Novembre, quelques jours après les attaques de Paris et Saint-Denis. © Maxppp / Aurélien Morissard

C'est un nouveau pas vers un procès des attentats du 13 novembre 2015 qui doit se tenir en 2020, une nouvelle étape judiciaire : le réquisitoire définitif du parquet national antiterroriste (Pnat) – un document de 562 pages extrêmement précis et détaillé – a été transmis ce matin aux parties, défense et parties civiles. France Inter a pu le consulter en exclusivité.  

Le ministère public réclame ainsi le renvoi devant les assises spéciales de 20 personnes, dont six font l'objet de mandats d'arrêt et ne comparaîtront très probablement jamais pour cette attaque, la plus meurtrière que la France ait connu. Elle aurait d'ailleurs pu l'être plus encore. "Si la France était la cible principale des terroristes, leur objectif initial était plus large (...) ils avaient manifestement prévu une attaque simultanée à l'aéroport d'Amsterdam", écrit le parquet national antiterroriste dans son réquisitoire définitif. 

Une cellule terroriste opérationnelle dès le mois de septembre

Au cœur de cette attaque de novembre 2015, une cellule terroriste reposant sur "deux piliers", analyse le Pnat, à la fois "articulée autour d'individus ayant rejoint l'État islamique (...) et ayant bénéficié de formations religieuses et paramilitaires intensives" - 23 personnes au total, dont certaines sont décédées depuis - et "renforcée par des individus restés en Belgique mais adhérant, pour la majorité, aux thèses mortifères de l'État islamique".

Le dispositif meurtrier se met en place à l'été 2015 : 

A compter de cette période, l'État islamique a en effet décidé de projeter ses recrues vers la Belgique, dans le but d'y constituer une cellule terroriste, destinée à commettre une série d'attentats de grande ampleur en Europe, et notamment en France."

Et, dès le 1er septembre 2015, avec l'arrivée de Chakib Akrouh et Bilal Hadfi - deux membres des commandos du 13 novembre 2015, aujourd'hui décédés - "la cellule terroriste devient véritablement opérationnelle, et prête à frapper l'Europe et la France", analyse le Pnat dans son réquisitoire. 

Ensuite, "les mois de septembre, octobre et novembre 2015 ont été consacrés à la fabrication de ceintures explosives et à l'acquisition de kalachnikovs". 

Salah Abdeslam, "totalement acquis aux thèses de l'État islamique", selon le réquisitoire

Dans la liste des mis en cause : le seul survivant des commandos, Salah Abdeslam. C'est un "individu radicalisé, totalement acquis aux thèses de l'État Islamique", peut-on lire dans le réquisitoire, qui "a eu un rôle déterminant dans le rapatriement en Belgique des terroristes revenant de la zone irako-syrienne", puis "a lui-même tenté de déclencher sa ceinture explosive le soir des attentats". Mais celle-ci avait, vraisemblablement un défaut, selon l'enquête. 

Selon les témoins interrogés pendant l'instruction, Salah Abdeslam est celui qui a mené sur le chemin de l'islam radical son frère aîné, Brahim Abdeslam, membre du commando des terrasses et qui a actionné sa ceinture explosive au café Voltaire. 

Pour Salah Abdeslam, âgé d'aujourd'hui 30 ans, alias Poulet selon l'un de ses proches interrogés, le parquet réclame le renvoi pour "meurtres en bande organisée, en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste criminelle", notamment. Le procureur de préciser : "l'objectif des terroristes était de commettre des attentats coordonnés et simultanés. (...) Par conséquent, chacun des dix terroristes présents à Paris et Saint-Denis doit être regardé comme co-auteur de l'ensemble des attentats du 13 novembre."  

Juger (aussi) les terroristes morts

Parmi les 20 personnes pour lesquelles le parquet national antiterroriste a demandé le renvoi, cinq font l'objet de mandats d'arrêt internationaux et sont en réalité morts en Syrie depuis. Les frères Jean-Michel et Fabien Clain, par exemple, voix de la revendication des attentats, ont été ciblés par des frappes en Syrie. Oussama Attar, également, présenté comme le commanditaire de ces attentats et nommé "_au cours de l'année 2015 à la tête de la cellule des opérations extérieures, structure de l'Etat islamique, créée dès 2014 pour planifier des attentats en dehors de la zone irako-syrienn_e", analyse le parquet. Ces djihadistes seront cependant, si toutefois les juges d'instruction suivent les réquisitions du parquet,  jugés lors du procès du 13 novembre. 

"En effet, au vu de la situation sur place, explique le procureur, les opérations médico-légales, et notamment le recueil d'ADN sur les cadavres, sont très compliquées. Dès lors, faute de pouvoir confirmer scientifiquement ces annonces de décès, les terroristes concernés doivent être considérés comme présumés décédés. Par conséquent, l'action publique ne saurait être éteinte à leur encontre et les mandat d'arrêts doivent être maintenus."

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