Jean-Michel Clain
Jean-Michel Clain © DR

Vétéran du djihad, Fabien Clain, 37 ans, est le pilier de la filière djihadiste toulousaine jugée en 2009. Avec son frère Jean-Michel, ils sont les “voix” de la revendication des attentats du 13 novembre diffusée par l’Etat islamique.

A Toulouse, le “clan des Belphégor”

Fabien Clain, 37 ans, et Jean-Michel Clain, 35 ans sont deux frères d’origine réunionnaise. Ils ont grandi à Alençon, en Normandie dans une famille chrétienne pratiquante de quatre enfants, avec un intermède de quelques années à la Réunion. Le père quitte le foyer quand Fabien a trois ans. Le jeune homme se cherche, ne termine pas son BEP métallurgie, enchaîne les missions d'intérim en plomberie; avant de se convertir à l’islam à la fin des années 1990, avec sa compagne Mylène. Chez les Clain, la religion se vit en famille : tout le monde se convertit , Fabien et Mylène, puis Jean-Michel et sa femme Dorothée. Ils décident de partir s'installer à Toulouse en 2000, car "c'était plus facile de pratiquer notre religion dans une grande ville", dit sa femme aux enquêteurs, selon le Nouvel Obs. Fabien Clain se rapproche de la mouvance salafiste, dans le quartier de Bellefontaine. Décrit par d’anciens proches comme instruit, "très fort en religion", ayant un "véritable talent pour convertir les gens" et les "manipuler", rapporte Le Monde, il s’impose rapidement comme l’un des principaux idéologues du courant salafiste toulousain. C’est chez lui que se réfugie le jeune Sabri Essid, en 2000. Fabien Clain est le leader d’un groupe qui tient un stand de vente d’objets religieux, qui sert à enrôler de jeunes toulousains. Les femmes des frères Clain portent la burqa, ce qui leur vaut d’être surnommés "le clan des Belphégor".

De la Belgique à l’Egypte en passant par l’Ariège

En janvier 2003, les frères Clain partent quelque temps en Belgique. Les « Réunionnais », comme on les appelle, gravitent autour d’une filière belgo-tunisienne. Ils font alors la connaissance de plusieurs figures du djihadisme.

En octobre 2004, les frères s’installent chez Olivier Corel à Artigat, en Ariège. Dit “l’émir blanc”, ce prédicateur salafiste tient des sessions d’enseignement religieux que suivent des jeunes des des cités toulousaines, dont Sabri Essid. Fabien Clain, désormais surnommé " Omar", y fait la connaissance d’Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah. Le groupe d’Artigat, considéré comme l’un des noyaux historiques du djihadisme français, se consolide par alliances : le père de Sabri Essid épousera successivement la mère de Fabien Clain et celle des frères Merah.

En 2006 Fabien Clain part vivre en Egypte avec sa famille , avant de rentrer en France début 2008. En 2009, son nom apparaît dans une enquête sur des menaces d’attentats visant le Bataclan, avec un Belge d'origine tunisienne, qu’il a rencontré en Egypte. L’enquête aboutit à un non-lieu en 2012.

Fabien Clain est interpellé en France le 20 février 2008, ainsi que son frère Jean-Michel , qui lui ne fera que 4 jours de garde à vue.

Condamné dans le procès de la filière toulousaine

En 2009, Fabien Clain est jugé dans le procès de la filière d’Artigat. Il est condamné à cinq ans de prison pour avoir organisé l’acheminement vers l’Irak de plusieurs jeunes Toulousains entre 2005 et 2006 . Les recrues prenaient souvent l’avion depuis la Belgique, où elles étaient accueillies par des "frères" bruxellois, puis transitaient par la Syrie ou l’Egypte avant de tenter d’entrer en Irak. C’est ainsi que Sabri Essid et Thomas Barnouin sont arrêtés à Hama en Syrie fin 2006, alors qu’ils s’apprêtaient à rejoindre une cellule d’Al-Qaida.

Durant son procès, Fabien Clain se définit comme ayant suffisamment de connaissance religieuse pour "influencer une personne indécise". Il affirme s’en tenir à une lecture "défensive" du djihad.

Selon lui :

Quand un pays se fait envahir par un autre pays ou même si le voisin musulman se faisait attaquer, il faut le défendre.

Il soutient devant la cour qu’il n’approuve pas les attentats-suicides. Un de ses coaccusés affirme que son djihad consistait surtout à envoyer les autres mourir à sa place.

Départ pour la Syrie en 2014

Libéré en août 2012 après avoir purgé trois de ses cinq années de prison, Fabien Clain refait sa vie en Normandie, où il a passé son enfance, avec sa femme Mylène et leurs trois filles. C’est au cours de l’année 2014 qu’il disparaît pour rejoindre la Syrie. Son frère Jean-Michel est aussi parti, avec sa femme et leurs six enfants. Entouré de sa famille et de ses anciens disciples, dont son ancien élève Sabri Essid, Fabien Clain continue d’endoctriner et de recruter à distance. Fabien Clain, alias Omar, semble être devenu un des cadres de l'organisation terroriste. Son nom apparaît dans l’enquête sur l’attentat manqué de Villejuif que projettait Sid Ahmed Glam en avril 2015.

Les voix des attentats du 13 novembre

Au lendemain des attentats de Paris, l’Etat islamique diffuse une vidéo de revendication où l’on entend un chant religieux, puis la lecture d’un communiqué. L’homme qui chante est Jean-Michel Clain, celui qui parle est Fabien Clain :

Dans une attaque bénie dont Allah a facilité les causes, un groupe de croyants des soldats du califat, qu’Allah lui donne puissance et victoire, a pris pour cible la capitale des abominations et de la perversion, celle qui porte la bannière de la croix en Europe, Paris.

D’une voix posée, il prévient :

Cette attaque n'est que le début de la tempête et un avertissement pour ceux qui veulent méditer et retirer leurs leçons.

A Alençon, l'appartement de la cousine des frères Clain a été perquisitionné dans le cadre de l'état d'urgence, et la jeune femme assignée à résidence.

► ► ► INFOGRAPHIE | Les filières djihadistes au coeur des attentats

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.