L'intellectuel musulman, mis en examen pour deux viols et incarcéré depuis sept mois, s'est vu refuser sa mise en liberté à cause des SMS exhumés d'un vieux téléphone de "Christelle", l'une des deux victimes présumées de viol. Son avocat Emmanuel Marsigny va demander aux juges d'instruction une nouvelle audition.

Tariq Ramadan en 2016 à Bordeaux
Tariq Ramadan en 2016 à Bordeaux © AFP / MEHDI FEDOUACH

Christelle, l'une des accusatrices de Tariq Ramadan, avait d'abord donné des photos de ces SMS qui remontent à l'automne 2009. L'intellectuel musulman niait en être l'auteur. Puis Christelle a retrouvé le vieux téléphone au fond d'une boîte à outil, et une expertise judiciaire vient d'en confirmer le contenu, comme le révèle Le Monde

Les SMS échangés donnent d'ors et déjà lieu à deux interprétations différentes, du côté de la défense et de la partie civile, mais ils devraient pousser Tariq Ramadan à changer encore de version, lui qui avait déjà reconnu plusieurs relations extraconjugales, mais jamais avec Christelle.  

Le 18 septembre encore, confronté à Christelle dans le cabinet des juges d'instruction, Tariq Ramadan niait toute relation sexuelle avec elle. Il ne reconnait à ce stade qu'une relation "virtuelle" et "sexuelle", entamée en 2008 sur les réseaux sociaux, à une période où, en marge de ses conférences très courues, Tariq Ramandan affirme avoir été "énormément sollicité", "comme intellectuel mais aussi comme un homme". Une relation assez suivie : 255 textos envoyés de Tariq Ramadan entre le 31 août et le 15 décembre 2009 a compté Le Monde, 144 réponses de Christelle.  

Ce 9 octobre 2009, le théologien donne une conférence à Lyon où vit Christelle. Rendez-vous est pris à son hôtel. Selon Tariq Ramadan, ils auraient pris un verre au bar, et ne seraient pas montés dans sa chambre. Auparavant, il a pourtant envoyé à Christelle des messages qui suggèrent une autre histoire : "je devrai t'attendre en bas car il faut une carte pour monter dans l'ascenseur", puis "J'étais sous la douche... mais attends ma douce chienne!!!!".  

"Désolé pour ma "violence""

Christelle, qui se déplace avec une béquille, affirme avoir subi dans la chambre un viol très brutal, et assorti d'humiliations. Le lendemain, Tariq Ramadan lui envoie ce message : "J'ai senti ta gêne... Désolé pour ma "violence"; J'ai aimé... Tu veux encore ? Pas déçue ?" 

Me Emmanuel Marsigny, joint par France Inter, estime que l'ensemble de ces messages peut s'intégrer au contraire dans le récit d'une relation sexuelle, ce qui serait certes un nouveau changement de pied pour Tariq Ramadan, mais pas d'un viol :  

"La seule question pertinente qui se pose est de savoir si la relation sexuelle a été non consentie comme la partie civile le dit depuis le début. Or cette expertise révèle, par les messages envoyés par cette même partie civile à M. Ramadan, que cette relation sexuelle était d'abord recherchée, et ensuite parfaitement consentie. Au contraire cette expertise informatique vient donc mettre à mal la thèse de la partie civile notamment sur le déroulement des faits et surtout sur ce qui s'est passé ensuite.  

- Cela veut dire que votre client reconnait maintenant avoir eu une relation sexuelle avec elle ?  

- Je vais sur la base de cette expertise maintenant demander à ce que les magistrats instructeurs entendent très rapidement M. Ramadan." 

Mis en examen à ce stade par la justice française pour des viols sur deux plaignantes, le théologien suisse est en détention provisoire depuis le mois de février à Fresnes. Les juges d'instruction ont refusé ce mercredi sa nouvelle demande de mise en liberté, sur la base de ces nouveaux éléments. 

Tariq Ramadan, qui se déplace désormais avec un déambulateur, est par ailleurs atteint d'une sclérose en plaque, que deux médecins avaient jugés compatibles avec la détention. Son avocat a demandé une nouvelle expertise médicale.

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