Me Yves Monerris, avocat de Cherif, aîné des enfants Delay, est le premier à prendre la parole pour les parties civiles.

J’ai l’honneur de défendre Cherif. Je le connais depuis quelques temps pour l’assister dans des procédures où il est mis en cause. J’appartiens à ce qu’on a appelé les révisionnistes. Je l’assume. Je l'assume parce que je suis auxiliaire de justice. Je crois en la séparation des pouvoirs.

La balance de la justice c’est votre cour qui en son âme et conscience, elle doit délibérer sur ce procès. Non pas parce que j’en ai décidé mais parce que la genèse de tour cela c’est un arrêt, pas celui du juge Burgaud parce qu’il n’était plus en poste à l’époque, mais un arrêt de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Douai.

Entre cet arrêt de 2003 et notre date d’aujourd’hui, vous comme moi constatons qu’il s’est écoulé un temps déraisonnable. C’est là où j’ai envie de dire quelque part : « on a eu envie de faire un enterrement de première classe à ce procès ». Vous voyez bien, il n’y a pas d’outrecuidance à l’audiencement de cette affaire.

Voilà dans quelles conditions nous sommes aujourd’hui réunis. Voilà dans quelles conditions – nous avons eu quelques chamailleries - nous avons pu mener des débats sous l’égide de monsieur le président. Aujourd’hui, vous allez devoir retrouver une virginité pour prendre votre décision. Ayez conscience que vous allez devoir statuer, qu’il va falloir briser ce lac gelé qui est en vous pour décider.

Décider si celui qui est ici dans le box est coupable des faits qui lui sont reprochés ou pas sur la base du dossier d’instruction. Nous devons faire avec les faiblesses de ce dossier. Je ne vais pas vous dire qu’il est la perfection judiciaire. Il est ce qu’il est. Nous devons faire avec. Je ne suis pas nécessairement en accord avec la méthodologie de certaines confrontations. Néanmoins, il va falloir faire avec.

Daniel Legrand, oui, vous auriez du vous retrouver en liberté à un moment de cette procédure et ça n’a pas été le cas. Mais pour autant, vous aviez des éléments matériels, vous aviez les éléments de la police. Ces éléments quels sont-ils ?

Ces éléments c’est la parole des enfants : c’est Dimitri, c’est par lui que tout interviendra. Qu’interviendra l’évocation de Dany Legrand. Alors on vient nous dire Legrand, c’était la taille. Mais sa tata, quand elle vient déposer, elle vous dit que c’est bien d’un nom qu’il s’agit.

Ensuite, vous avez Jonathan. Jonathan c’est plus particulier parce qu’effectivement ses propos peuvent prêter à confusion. Mais vous avez vu ce jeune enfant dans la vidéo. Il faut rapporter les choses à ce qu’elles sont. Lorsque Cherif est, à son tour, dans le bureau du juge d’instruction, la encore le juge lui pose des questions. On lui demande s’il connaît Daniel Legrand père et Daniel Legrand fils. Que répond-il ? Il parle de Daniel Legrand père, il dit que c’est un bon ami de son père. Mais il ne parle pas de Daniel Legrand fils. Est-ce à dire qu’aujourd’hui quand il vient vous dire « j’ai des souvenirs très précis et circonstanciés », il ne serait pas dans la sincérité ?

Il dit « lui il était là ». Il est très prudent dans sa parole. Ce serait facile pour lui de dire « il m’a violé ». Mais il dit « il était là et il m’a fait des choses ». Vous aurez compris l’importance de sa parole. Parce que lui la détention, il sait ce que c’est.

Je ne suis pas là pour refaire le procès de Saint-Omer, le procès de Paris. Mais parlons-en lorsque le Robespierre de la soutane, c’est-à-dire l’abbé Wiel, vient dire « moi je considère qu’à Saint-Omer ces gamins n’étaient pas en mesure de s’exprimer.

Ces propos sont importants pour comprendre ce qu’était l’enfer de ces gamins. Quand on s’interroge pour savoir si ces enfants ont bien été victimes de leurs parents, on ne frise pas l’indécence. On l’a dépassée.

Il faut admettre peu ou prou que le recueillement de la parole des enfants n’est pas si catastrophique et il faut lui donner du crédit. Donnez du crédit à cette parole de l’enfant.

On a des aveux, on a des mises en cause, on a quelques éléments matériels. Et c’est sur cet ensemble que vous allez vous déterminer.

On a fait venir le patron du sexshop : « il vous a dit, je ne le connais pas. »

On a fait venir Monsieur Brunet : il vous a dit « je ne le connais pas, je ne peux rien en dire »

On a fait venir le journaliste belge, on a essayé de vous emmener sur la piste de Dany Camporini : l’avocat général de Paris nous a dit « c’est une fausse piste ».

Thierry Dausque, qu’est-ce qu’il vous dit ? J’en sais rien, je ne connais pas Daniel Legrand.

Lavier, rendez-vous compte qu’il en vient à contester la qualité de victime de sa propre fille qui a été violée – c’est la vérité judiciaire – par Thierry Delay.

On a Karine Duchochois, le journaliste-témoin. Elle connaît tellement bien le dossier, qu’elle vous dit je vais tout vous expliquer. Je peux entendre, parce que j’ai également des enfants, qu’elle souffre du placement de son enfant. Mais ce qui a déclenché son placement, ce n’est pas sa mise en cause dans ce dossier parce qu’elle était incapable de prendre en charge son enfant.

Monsieur Marécaux ? Je ne connais pas non plus, il vous dit.

Est-ce que, quelque part, ils ne se sont pas, dans une vertu thérapeutique, livrés à une reconstruction de l’esprit.

Des mises en cause, il y en a eu. Alors aujourd’hui, effectivement, des mises en cause il n’y en a plus. On a vu Myriam Badaoui, Thierry Delay, David Delplanque, Aurélie Grenon qui vous disent « Daniel Legrand, il n’y a rien à faire là-dedans ». Mais je m’interroge sur Myriam Badaoui, sa vérité acquise et certaine. Comment on peut considérer aujourd’hui la parole de Myriam Badaoui ? Il faut voir comment Myriam Badaoui décrit des scènes de torture. Comment à ces scènes de torture, elle nous dit que celui-ci était présent.

Ces éléments sont le socle de la culpabilité. Ces éléments, mis bout à bout sont une réalité qui va même conduire Daniel Legrand à passer aux aveux. Ces aveux sont essentiels parce qu’ils construisent la dernière pièce de l’édifice de la culpabilité de Daniel Legrand.

Lorsque Daniel Legrand passe aux aveux, est-ce que on l’a forcé, on l’a poussé ? Soyons raisonnables un instant. Comment pour sauver ma peau, je vais aller accuser un autre ? Comment pour sauver ma peau, je vais faire des déclarations stupéfiantes mais néanmoins circonstanciées ? C’est contraire à la logique.

La dernière question est de savoir pourquoi Daniel Legrand ne donne aucun élément précis et circonstancié pour le mettre hors de cause.

Ce faisceau d’indice, il est là, il est présent et il est suffisant pour que vous puissiez entrer en voie de condamnation.

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