C’est presque une plaidoirie pour le plaisir qu’a livrée ce matin Me Jean-Yves Le Borgne, avocat d’Eric Woerth. Vendredi, le procureur a requis la relaxe de l’homme politique du dossier. Eric Woerth, inculpé sur un fantasme, selon son avocat :

Je vais m’efforcer d’avoir la brièveté et la discrétion que mon dossier impose. J’ai conscience d’être ici l’avocat de l’intrus, le défenseur de l’erreur judiciaire. Mon discours comme la présence d’Eric Woerth dans ce dossier constitue quelque chose de l’anomalie ou du dommage collatéral. Mon devoir c’est de vous parler du dossier mais c’est aussi de défendre un homme, de défendre un honneur.

On a évoqué le moment où un dossier banal avait basculé, avec l’arrivée d’Eric Woerth, en affaire d’Etat. J’ai tendance à penser qu’il fallait peut-être que le dossier ressemblât à autre chose que ce qu’il était vraiment, devienne une affaire d’Etat pour satisfaire je ne sais quel fantasme de je ne sais qui.

Peut-être le quota de non-lieu que le juge s’était imposé dans son inconscient était épuisé. Peut-être qu’Eric Woerth était un oublié du non-lieu. Peut-être y a-t-il dans cette belle institution qu’est la justice quelques pointes de faiblesse qui, si elles n’existaient pas, la rendrait inhumaine.

(…) Nous sommes renvoyés pour recel de sommes indéterminées. Déjà on ne sait pas de quoi on parle. Dans un premier temps, on parlait de 50 000 euros, puis de 150 000, monsieur le procureur vous avez parlé de 450 000. J’ai un peu l’impression qu’il faut dire « faites vos jeux, Mesdames et Messieurs ». Recel, mais recel de quoi ? Nous sommes dans l’histoire d’un fantasme judiciaire et il faut y mettre fin. Cette sorte d’appétence pour la poursuite des noms connus qui renvoient à la politique égare le jugement.

Je veux qu’il soit dit et que votre tribunal retienne que les prétendues remises pour lesquelles Eric Woerth est poursuivi n’ont pas eu lieu, n’ont pas existé. De quoi on parle ? De deux rencontres de deux hommes qui se connaissent un peu, vaguement dans le contexte du Premier cercle [des donateurs de l’UMP].

Mais parce qu’il faut que tout soit suspect, on va dire « ah oui, mais les deux rendez-vous ont eu lieu dans des cafés, à 8h30, autour d’un petit expresso » et non pas au siège de campagne. La chose est suspecte ! Cet élément matériel là plaide en réalité en faveur de l’innocence de la chose. Si on veut remettre des espèces dont on ignore le montant, est-ce qu’on va aller dans un bistrot – la terrasse au mois de janvier me paraît exclue – au milieu de tous ? Un petit bureau dans le QG de la rue d’Enghien eut été infiniment plus discret.

(…) Je vous demande une relaxe pure et simple. Ce sera une façon pour vous de défendre l’image de la justice, de dire qu’il arrive que la machine s’emballe. Ce sera une façon pour que, devant ce tribunal, la sagesse triomphe.

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