Devant la cour d’assises de Bruxelles, les avocats de Mehdi Nemmouche ont martelé l'innocence de leur client dans la tuerie du Musée juif, et exposé leur version des faits : "ce n’était pas un attentat, mais une exécution ciblée d’agents du Mossad". Provoquant le malaise dans la salle d'audience.

 À Bruxelles, Mehdi Nemmouche est jugé pour quatre assassinats en mai 2014 au musée juif de la ville
À Bruxelles, Mehdi Nemmouche est jugé pour quatre assassinats en mai 2014 au musée juif de la ville © AFP / Benoit PEYRUCQ

Mehdi Nemmouche joue avec les nerfs de la cour, des parties civiles, du public. "Vous aviez dit que vous vous expliqueriez le moment venu" lance la présidente. "Quel est votre état d’esprit ?" lui demande-t-elle, pendant qu’il arrange le micro devant lui, serré de près par deux policiers cagoulés. "Dans un premier temps… je ne souhaiterai pas m’exprimer" dit posément l'accusé. Puis sa voix s’accélère, laisse pointer de la colère. "Nous vous avons soumis une liste de 150 témoins, que vous avez expurgée de tous ceux qui auraient pu apporter un autre son de cloche" lance-t-il. "Alors je souhaite vous dire, respectueusement, que dans un premier temps, je ne m’exprimerai pas." Laurence Massart explique qu’il n’y aura pas de "second temps" : "le procès, c’est maintenant!" Peine perdue. Mehdi Nemmouche, la mine sombre, se rassoit. 

Cet autre "son de cloche" sur la tuerie du Musée juif, ce sont ses avocats qui l’exposent. "Il n’est pas le tueur", martèlent ses trois défenseurs. La preuve, disent-ils, est "scientifique" : sur la vidéo surveillance, on voit que le tireur a touché, avec sa main, la porte du musée à trois reprises. "L’ADN de Mehdi Nemmouche n’a pas été retrouvé, pas la moindre bribe", insiste Henri Laquay. L’ADN étant "la reine des preuves", il est donc innocent : "ce n’est pas la bonne personne qui est dans le box des accusés. Oui, il transportait le sac avec les armes et les vêtements du tueur… Mais il n’est pas le tireur. Il a été piégé dans des circonstances qui vous seront expliquées."

Il se fiche de Mohammed Merah

La démonstration tourne en rond autour de quelques phrases répétées en boucle, agrémentées d’attaques à tout va : la police a fabriqué des faux, la justice a marchandé les confessions de son coaccusé, deux des victimes sont des agents du Mossad… Une autre preuve que ce n’est pas Mehdi Nemmouche, selon ses avocats ? Il s’est laissé arrêter sans opposer de résistance, six jours après la tuerie, à bord d’un bus, à Marseille. "Il est grotesque de voir en Mehdi Nemmouche un terroriste sanguinaire, qui veut mourir en martyr, comme sa prétendue idole Mohammed Merah… dont il se fiche comme de sa première chaussette" lance Virginie Taelman. "Il a suivi les douaniers, s’est montré poli : ça fait quand même un drôle de terroriste islamiste", ironise l’avocate, qui conclut : "la tuerie n’était pas un attentat de l’État islamique, mais une exécution ciblée d’agents du Mossad, et ce sera démontré".

Nous y voilà. La stratégie de la défense n’est pas de mettre en doute l’accusation, de déplorer une enquête bâclée qui aurait négligé d’autres pistes. Elle va plus loin, jusqu’à proposer un scénario alternatif. Tant pis si Mehdi Nemmouche refuse d’éclairer les jurés sur la raison de sa présence à Bruxelles, ou sur les mystérieuses personnes qui lui auraient remis les armes. Tant pis si la démonstration, aux forts relents complotistes, ne s’embarrasse pas de détails. Sur la porte du Musée juif, un mélange de plusieurs ADN a bien été retrouvé. Au sein de ce mélange, les experts n’ont pu ni inclure, ni exclure formellement la présence de l’ADN de Mehdi Nemmouche. Ses empreintes ont en revanche été trouvées sur les armes. 

En attendant les dépositions des spécialistes de l’ADN, et des proches des époux Riva, tués au Musée juif, tous deux comptables dans des agences gouvernementales israéliennes (les "espions", ce serait eux), cette défense qui fait feu de tout bois promet un procès âpre. 

Sur le banc des parties civiles, Christophe Marchand, avocat d’Unia (une institution anti-discrimination, sur le modèle du Défenseur des droits), dénonce une "tentative grossière de manipulation du dossier et des preuves." Avant de lancer à l’intention des jurés : "ce sera ça pendant tout le procès. On va essayer de vous faire avaler des couleuvres."

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