D'après une enquête de plusieurs mois menée par le quotidien Le Monde, deux entraîneurs missionnés par la FFA sont accusés de harcèlement et de violences sexuelles par plusieurs athlètes féminines. La commission de discipline de la fédération doit étudier leur cas dans les jours qui viennent.

Deux entraîneurs de la Fédération Française d'Athlétisme (FFA), coachs de médaillés, sont visés par des plaintes de violences sexuelles
Deux entraîneurs de la Fédération Française d'Athlétisme (FFA), coachs de médaillés, sont visés par des plaintes de violences sexuelles © Getty / Roberto Machado Noa

Deux figures de la fédération Française d'athlétisme, Giscard Samba et Pascal Machat, entraîneurs de champions de niveau national et international, sont dans le collimateur de la justice après la mise en accusation par deux de leurs ex-athlètes. La Fédération française d'athlétisme a annoncé lundi sa volonté de se constituer partie civile dans cette affaire, et dit prendre "très au sérieux" les deux affaires.

Coach "tactile"

Le premier à être visé, c'est Giscard Samba, entraineur de l'US Créteil. Il a été couronné meilleur entraineur de l'année par la FFA, et a été aux côtés de Dimitri Bascou, (médaille de bronze aux JO de Rio en 2016), Cindy Billaud et Pascal Martinot-Lagarde, détenteur des records de France du 100m haies et du 110m haies.

D'après l'enquête menée par le journal Le Monde, il est accusé de viol sur une jeune femme de 21 ans qui a, depuis, quitté la compétition. Elle a déposé plainte, en 2017, pour des faits commis en janvier de la même année. Alertée par la victime, une fonctionnaire de la direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) d’Ile-de-France, dont dépend le coach du Val-de-Marne aurait saisi, en mars 2018, la procureure de Créteil, qui doit statuer sur d'éventuelles poursuites judiciaires. Toujours selon le journal, Giscard Samba, lui, avait déjà nié les faits lors d'un entretien à l'été 2017 avec le DTN Patrice Gergès.

Dans Le Monde, la sportive Lucille Luendo, qui avait rejoint le club de Samba en 2016 avant de le quitter des mois plus tard, "dégoûtée" décrit un entraineur au comportement "très tactile", quand une autre sportive, Cassandra Leborgne, évoque d'autres épisodes relatant une "attitude déplacée".

"Droit dans ses baskets" contre les accusations

Le second, le picard Pascal Machat, est responsable national du demi-fond chez les jeunes de la fédération. Il est directement visé par la plainte de Emma Odiou, déposée pour "gestes inappropriés", que le coach nie en bloc. Les faits datent de 2014, à l'époque ou la jeune femme s'apprête à disputer une course lors des championnats du monde juniors à Eugene, aux États-Unis. Elle accuse Pascal Machat d'avoir "pris [ses fesses], l'avoir caressée" mais aussi "embrassée dans le cou, prise par les hanches (...) collé son bassin contre ses fesses alors qu’elle se penchait vers son sac à dos" comme le détaille le quotidien. 

Emma Odiou explique aussi que des faits similaires avaient eu lieu l'année précédente, et qu'après ce nouvel épisode, elle choisit d'en parler à son propre entraineur, Thierry Chofin, et de faire remonter sa plainte. Pourtant en janvier 2018, ils se recroisent au Portugal lors d'un entrainement, lui toujours au même poste. Dans les colonnes du Monde, la coureuse explique alors :

J’ai vu des juniors de 17-18 ans, et je me suis dit : 'Hors de question que des petites qui n’ont rien demandé puissent vivre des trucs pareils'  

Alors que Pascal Machat, interrogé par le Courrier Picard, se dit "droit dans ses baskets", parle de "dénonciation calomnieuse" et demande une "expertise psychiatrique" de son accusatrice, la commission de discipline de la FFA doit statuer le 11 avril sur ces deux cas. La FFA, en attendant, planche sur une charte éthique destinée aux entraineurs, pour éviter les comportements déplacés. Emma Odiou, elle, enfonce le clou, relayant sur sa page Facebook les révélations faites dans la presse : 

Je suis fière de partager avec vous cet article du Monde (que vous pourrez trouver sur sur le site) dans lequel je livre des choses intimes et difficiles. Mais il me semble que pour que les choses changent, peu d'occasions nous sont présentées. Ainsi il était hors de question que je ne participe pas à cette voix féminine qui hurle "ça suffit!"

"Nous avions eu des rumeurs qui étaient parvenues jusqu'à nous", concède sur France Inter le président de la FFA André Giraud, qui précise que les deux entraîneurs ne disposaient pas du même statut (l'un était employé de la direction régionale Jeunesse et Sports, l'autre d'un club). "Bien sûr que ça fait mal, nous avons actuellement une fédération qui véhicule une belle image avec de beaux résultats (...). Ca met le doute sur le nombre de victimes, nous engageons toutes les jeunes filles qui ont subi ce genre de harcèlement à le communiquer : notre souci est d'assainir le plus vite possible". 

"Au mois de janvier, une jeune coureuse de demi-fond m'a écrit pour me faire part de ce qu'elle a vécu (...), j'ai demandé à la rencontrer, elle me raconte une situation de contact physique rapproché au moment de la compétition avec un cadre technique, un agent d'Etat. Je n'ai pas imaginé qu'elle puisse mentir", explique Patrice Gerges, Directeur technique national (DTN) de l'athlétisme français. "J'ai ensuite reçu le cadre technique : vu qu'une plainte a été déposée, je ne pouvais pas le laisser en situation d’encadrement auprès des athlètes". "Je regrette ces comportements qui les ont mis dans la tourmente (...), c'est une question d'éducation et de valeurs", ajoute-t-il. 

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