Après trois sommations de la plate-forme américaine, la chaîne YouTube d'Alain Soral a été fermée... temporairement. L'événement est intervenu quelques jours seulement après la condamnation de l'essayiste d'extrême-droite pour deux peines d'emprisonnement avec sursis pour provocation à la haine.

Alain Soral lors d'une conférence de presse donnée avec Dieudonnée et le président du parti anti-sioniste Yahia Gouasmi en juin 2009, à Paris.
Alain Soral lors d'une conférence de presse donnée avec Dieudonnée et le président du parti anti-sioniste Yahia Gouasmi en juin 2009, à Paris. © AFP / Patrick Kovarik

[Mise à jour du 8 juin 2018 : La chaîne YouTube d'Alain Soral est finalement réapparue, moins de deux jours après sa fermeture très commentée. Sur son site Internet, le polémiste assure, avec ce qu'il présente comme une capture d'écran d'un mail officiel, que la plateforme de vidéo aurait finalement jugé sa chaîne "conforme à ses conditions d’utilisation". Sur son compte Twitter, il se demande lui-même "pour combien de temps" ce retour durera.]

On ne pourra pas dire qu'Alain Soral n'avait pas été prévenu. Après trois avertissements en autant de mois, le compte Youtube ERTV de l'essayiste d'extrême droite a finalement été fermé pour "non respect du règlement de la communauté". Cette sanction intervient seulement cinq jours après sa condamnation par le tribunal correctionnel à une peine de quatre mois avec sursis et 5 000 euros d'amende pour provocation à la haine. La plateforme américaine confirme que l'essayiste a reçu un énième signalement concernant une vidéo mise en ligne sur la chaîne d'Égalité & Réconciliation, selon un message de la plateforme internet cité sur le site d'Alain Soral.

Une décision dont s'est réjouie la Ligue Internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) sur son compte Twitter :

Il y a plusieurs mois déjà, le compte Facebook du polémiste avait également été fermé, ainsi que ceux d'autres personnalités d'extrême-droite comme le groupe Génération identitaire (connu pour ses opérations contre la construction de mosquées ou contre les migrants dans les Alpes), ou le journaliste Jérôme Bourbon (Twitter). L'annonce s'inscrit également dans un contexte de lutte contre la "cyberhaine", prônée par le Premier ministre Édouard Philippe lors de la présentation le 19 mars du deuxième plan national de lutte contre le racisme et l'antisémitisme (2018-2020), qui prévoit un renforcement du régime de responsabilité des opérateurs.

Trois condamnations judiciaires en moins d'un an

Le 1er juin, Alain Soral a été condamné à trois reprises à quatre mois de prison avec sursis et 5 000 euros d'amendes, dont une pour un délit annexe, assorti de plusieurs milliers d'euros de dommages et intérêts à des associations antiracistes parties civiles. À 59 ans, le comparse de Dieudonné a auparavant fait l'objet de plusieurs condamnations pour provocation à la haine raciale et négationnisme.

1. "Appel à la haine, à la violence  et la discrimination contre tous les juifs"

En avril 2017, le polémiste publie sur son site Égalité & Réconciliation un dessin à caractère antisémite intitulé "Présidentielles, qui mène le jeu..." L'illustration suggère que les candidats à la présidentielle, représentés par des pions, sont "en réalité contrôlés et manipulés par des personnalités que l'auteur relie très clairement à la religion juive". Autour de l'échiquier, Bernard-Henri Lévy, Julien Dray et Jacques Attali sont illustrés sur fond d'étoile de David.

2. " Appel à la haine envers l'ensemble des juifs "

Une autre caricature publiée en juillet sur le même site, représentant un ensemble de personnalités sous forme de cancrelats aux doigts crochus, a retenu l'attention de la justice. D'après les juges, ce dessin constitue un appel à la haine envers les personnes de confession juive, du fait de "la référence à un insecte nuisible soulignant la nécessité d'éliminer ce qui est décrit". Le retrait du dessin a par ailleurs été ordonné.

3. Une peine supplémentaire pour un délit annexe 

L'essayiste a enfin été condamné à une peine supplémentaire de quatre mois avec sursis et 5 000 euros d'amende, pour avoir présenté deux détenus comme responsables de la publication de son site alors que, pour la justice, il en est bien le directeur de publication.

Plusieurs associations de lutte contre le racisme et l'antisémitisme se sont réjouis des récents événements, qui montrent selon elles une prise de conscience dans la lutte contre la cyberhaine, comme l'a précisé Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) : "C’est la fin de l’impunité et de la complaisance avec les messages de haine sur Internet". 

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