Cette petite ville héraultaise a été surnommée le "Molenbeek français". Lunel, 25 000 habitants, a proportionnellement vu le plus grand nombre de ses jeunes se radicaliser et/ou partir pour la Syrie. Cinq d'entre eux sont jugés devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Hamza Mosli, Adil Barki and Ali Abdoumi lors de leur procès le 5 avril 2018
Hamza Mosli, Adil Barki and Ali Abdoumi lors de leur procès le 5 avril 2018 © AFP / Benoit Peyrucq

Entre 2013 et 2014, à Lunel, chaque mois compte son lot de départs vers la Syrie : plus d’une vingtaine au total.  Au même moment, les mêmes recruteurs, incitent d’autres jeunes à Strasbourg ou en région parisienne. Mais Lunel intrigue particulièrement les enquêteurs. Il y a le sentiment d’une disproportion avec la taille de la ville, souligne d’emblée la présidente. Cela pose des questions sur ce qui a pu se passer à Lunel à ce moment-là.

Comment ces jeunes ont commencé à se retrouver en marge de la mosquée ? Puis dans des assises - des regroupements autour d’un thème religieux, suivi d’une prière, précise la présidente. Et enfin pour préparer leur départ. 

Aujourd’hui, devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, ni barbe ostentatoire, ni propos radicaux. Plutôt maillots de foot, cheveux gominés et des questionnements devant cette jeunesse qui a subitement fait de la Syrie son seul horizon possible. 

Leur proches eux-mêmes n’ont pas toujours d’explication. Comme ce frère, également poursuivi dans ce dossier et qui dit sa surprise lorsque son aîné l’appelle d’abord de Turquie, puis de Syrie, lui dit vouloir vivre dans un pays musulman désormais. Mais pourquoi tu vas pas au Maroc ? lâche-t-il alors. 

Abdelkarim S., le premier départ

Car en novembre 2013, Abdelkarim S. est le premier à quitter Lunel pour la Syrie. À peine plus d’un an plus tard, il sera aussi parmi les premiers Lunellois à mourir là-bas. 

Alors à la barre, c’est son frère, poursuivi pour association de malfaiteurs terroristes dans ce dossier également qui raconte : le snack “Le Bahut” et ses clients lycéens. Son frère en est le gérant, mais il partait à la mosquée et il me laissait. Puis, ce sont ses compagnons de prières qui y viennent pour des assises. Je les ai vus, raconte encore le cadet à la barre.

Vient ensuite le départ pour la Syrie, avec la femme qu’il vient d’épouser quelques semaines auparavant. Sur place, l’aîné tente d’inciter le plus jeune à le rejoindre. Lui vante ses “esclaves, ses quatre femmes”.

Mais, alors que son épouse française effectue un aller-retour à Lunel, il réclame aussi de l’argent, “une belle petite récolte”. Lui transmet une liste de courses : un panneau solaire pour charger les téléphones, une lampe frontale, une montre …. Des lunettes infrarouges aussi. Et même un 4x4.

À la barre, Saad S. explique avoir refusé. Juste donné 190 euros. “C’était mon frère”, se justifie-t-il. Et il reste en contact... jusqu’à ce coup de téléphone, “en numéro privé” pour lui annoncer la mort du djihadiste. Puis viennent les photos de sa dépouille. “Il y avait une couverture sur lui", raconte-t-il. On m'a dit que c'était parce que son corps était coupé en deux."

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