Raphaël Maillant devant la Cour de révision
Raphaël Maillant devant la Cour de révision © Corinne Audouin

Raphaël Maillant espérait être le douzième homme condamné pour crime, depuis 1945, à voir son procès révisé. En juin 2014, la loi sur la révision des condamnations pénales a évolué, pour faciliter les recours en révision : il suffit désormais d'un "doute" pour que la Cour de révision puisse annuler une condamnation. Mais jeudi 24 septembre, en une trentaine de secondes, les magistrats de la Cour de révision ont douché l'espoir de cet homme. Depuis 24 ans, Raphaël Maillant se dit innocent du meurtre de son ex petite amie, Valérie Bechtel.

"Les faits présentés par Mr Maillant à l’appui de sa demande, pris isolément ou envisagés dans leur ensemble, ne sont pas de nature à faire naître un doute sur sa culpabilité." En moins d'une minute, le président de la Cour de révision a rendu sa décision : la requête est rejetée. Sous les ors de la Cour de cassation, Raphaël Maillant reste immobile, comme sonné. Il restera ainsi figé de longues minutes après la sortie de la cour; à quelques mètres de lui, sa fille, une jeune femme blonde d’une vingtaine d’années, éclate en sanglots.

Condamné à 17 ans de prison

Pour la justice, et sans doute à tout jamais,il restera le meurtrier de Valérie Bechtel. La jeune femme de 20 ans avait été retrouvée morte, dénudée, dans une forêt de Thaon-les-Vosges. C’était en 1991. En 1997, Raphaël Maillant est condamné à 17 ans de prison, sur la foi des accusations de son meilleur ami de l’époque, Yann Bello. Bello avait lui écopé de 2 ans de prison, pour l’avoir aidé à transporter, disait-il, le corps de Valérie. A l’époque, on ne peut pas faire appel d’un verdict de cour d’assises. Raphaël Maillant s’est toujours dit innocent, il dit n’avoir pas mis les pieds cette nuit-là chez Valérie, son ancienne petite amie. Les jurés ont cru Yann Bello, qui avait décrit le crime et les lieux avec précision.

La justice s’est-elle trompée de coupable ?

Sorti de prison en 2004, réinséré - il forme des éducateurs sportifs - Raphaël Maillant refuse pour autant de tourner la page. Cette requête devant la cour de révision, c’était la quatrième , et la première à aller aussi loin. Pour annuler une condamnation définitive, la Cour de révision a en effet besoin d’éléments tangibles : des faits ou des éléments nouveaux, ou inconnus à la date du procès, qui soient de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné. Un fait nouveau, il y en a eu un, et de taille. Yann Bello, l’accusateur de Raphaël Maillant, a été arrêté en juillet 2011, pour le meurtre de sa femme. Charlène a été frappée, et étranglée à l’aide d’une serviette. 20 ans plus tôt, Valérie Bechtel avait, elle, été asphyxiée avec un torchon. Similitude du mode opératoire, découverte de la vraie personnalité de Yann Bello, décrit comme manipulateur et sujet à des crises de violences, lacunes de l’instruction initiale : ces éléments avaient convaincu la commission de révision de transmettre l’affaire à la Cour de révision. La justice s’est-elle trompée de coupable ? Le doute est permis.

Il n’y aura pas de nouveau procès

« Je vous supplie de m’accorder cette révision » , avait plaidé, en juin dernier, Raphaël Maillant. Alors ce 24 septembre, il reste sous le choc : c’est non. Pour les magistrats de la Cour de révision,les similitudes entre les deux meurtres ne sont pas si flagrantes . Charlène a été violemment frappée avant d’être étranglée, pas Valérie. Charlène a été violée, pas Valérie - dont le corps était toutefois entièrement dénudé. La personnalité de Yann Bello était déjà connue, estime la cour, au moment du procès de 1997. Quant au co-détenu à qui Yann Bello se serait confié en 2011, il a eu le tort d’attendre 3 ans avant d’en parler (il avait, en 2014, contacté l’avocate de Raphaël Maillant après avoir lu des articles sur sa requête en révision). Bref, circulez, il n’y a rien à voir : pas de doutes, pas de questions, il n’y aura pas de nouveau procès pour Raphaël Maillant. A la sortie de l’audience, face aux micros et caméras, il ne parvient à balbutier que quelques mots.

C'est comme une nouvelle condamnation.. Je suis abasourdi. On ne peut pas se préparer à ça

A ses côtés, son avocate, Sylvie Noachovitch, ne cache pas sa colère. En juin 2014,la loi sur la révision des condamnations pénales a pourtant changé . Car la France est l’un des pays qui a le plus de mal à revenir sur ses décisions de justice. Depuis 1945, seulement 11 hommes ont été acquittés après des procès en révision. Les plus célèbres s’appellent Patrick Dils et Marc Machin. Désormais, dit la loi, il suffit que les éléments présentés fassent naître un « doute » sur la culpabilité pour qu’une condamnation soit annulée, et un nouveau procès ordonné.

L’arrêt rendu n’est pas conforme à l’esprit de la loi. Que faut-il à la cour ? Il y a déjà eu le meurtre d’une femme, avec le même mode opératoire, un nouveau témoin entendu. Que faut-il de plus ? C’est toujours aussi difficile, la loi n’a servi à rien… C’est dommageable pour tous les justiciables, pas seulement pour Mr Maillant.

Le combat continue, assure l’avocate, qui entend aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme.

La famille de Valérie n'a jamais douté

L’avocat de la famille de Valérie Bechtel, Me Gérard Welzer, n’a lui été ébranlé par aucun des arguments de Raphaël Maillant.

La famille n’a jamais douté de sa culpabilité. Aujourd'hui, je pense à la victime. Et les gesticulations médiatiques de Mr Maillant ont trouvé leur juste réponse judiciaire.

Yann Bello, quant à lui, a été condamné l’an dernier à 25 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de sa femme. Il a fait appel de cette décision.

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