C'est une situation exceptionnelle : une affaire de bavure où le juge d'instruction a renvoyé tout le monde devant les assises, pour démêler les mensonges et les violences des uns et des autres. Une femme avait perdu un œil en marge d'affrontements particulièrement confus en 2013. Le procès s'ouvre ce mardi.

Flashball porté par un policier en civil
Flashball porté par un policier en civil © Maxppp / Pierre Robert

C'était il y a cinq ans tout juste, le 25 juin 2013 à Villemomble (Seine Saint-Denis) : un équipage de policiers motards tente d'interpeller deux jeunes sans casques, adeptes des rodéos dans la cité voisine de la Sablière à Bondy. Mais le contrôle se passe mal. Une vingtaine de jeunes débarquent, avant de déguerpir à l'arrivée de la brigade anti-criminalité.

C'est là qu'un voisin commence à filmer. Sur les images, qui ont mis à mal la première version des policiers, on voit un petit groupe de jeunes qui traverse le porche d'un immeuble, puis une autre silhouette qui, elle, marche tranquillement. Dix secondes plus tard, les policiers de la BAC arrivent et tombent sur le jeune homme, qui s'agite, proteste... Un policier motard arrive, et crie que ce n'est pas lui qui est  recherché.

Sauf que ça ne s'arrête pas là : un policier balance au jeune homme un uppercut, avec sa gazeuse lacrymogène. Un coup qui le laisse immédiatement KO. Son frère arrive, on imagine sans peine devant les images (qui ne comportent pas de son) qu'il les insulte, avant de porter un premier coup.

Une suite d'erreurs aux conséquences dramatiques

À nouveau, d'autres personnes rappliquent, débordant les policiers. Ces derniers ne sont toutefois pas encerclés, et on ne voit aucune arme chez les jeunes. Un premier policier tire alors avec son flashball. Dans ses premières déclarations, il assure avoir respecté la distance règlementaire de 10 mètres : mais en fait, il n'est qu'à 5 mètres de ses adversaires.

Son collègue, lui, finit par jeter une grenade, mais pas en la faisant rouler : il la lance en l'air, avant qu'elle n'explose. Un impact frappe alors en pleine figure Fatouma Kebe, la mère des deux jeunes, descendue de son appartement pour savoir ce qui se passait. Elle est grièvement blessée, et perdra un œil.

Ses deux fils ont été poursuivis pour outrage et rébellion, mais c'est justement la vidéo de la scène qui a permis d'invalider toutes les premières déclarations des policiers. Au final, le juge d'instruction a renvoyé tout le monde, flics et jeunes, devant la même cour d'assises, à Bobigny. Le procès doit durer neuf jours.

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