Eric Woerth
Eric Woerth © Dominique Lemarié

Vive et volubile, l’épouse de l’ancien ministre du budget est venue témoigner ce matin. Elle trouve « très insultant » de penser qu’elle aurait pu être embauchée au service des Bettencourt pour faire plaisir à son mari.

Florence Woerth a été élevée selon des valeurs qu’on ne devrait plus avoir à qualifier de féministes : pas de différence entre filles et garçons. Elle a connu Eric sur les bancs d’HEC. Il ne se joignait jamais aux déplacements professionnels, contrairement à d’autres conjoints, dans les banques où elle a travaillé. Cheveux châtains, coupe courte, veste, pantalon et ballerines plates, elle s’applique à décrire un couple où chacun mène sa barque.

Quand les enregistrements du majordome de Liliane Bettencourt sont dévoilés dans la presse, à l’été 2010, elle aurait découvert avec stupeur ce que dit d’elle Patrice de Maistre. Que le ministre du budget « est un ami », et qu’il l’a recrutée, elle, « pour lui faire plaisir ». « Je trouve cela insultant de penser que je puisse faire l’objet d’un troc » s’exclame le témoin à la barre.

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Depuis qu’Eric Woerth est au gouvernement, elle a déjà senti la différence, cette sensation de s’effacer derrière son nom. Si elle n’avait pas vingt-cinq ans de carrière derrière elle, Florence Woerth aurait hésité à reprendre son nom de jeune fille.

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En ce début d’été 2007, elle a plusieurs alternatives de carrière : une promotion annoncée, et un premier appel du pied d’un assureur. Elle choisit Clymène, la gestion de fortune (« family office ») des Bettencourt, par goût. Elle assure avoir négocié une rémunération à peine à la hauteur de ce qu’elle avait déjà.

Elle ne semble pas avoir été très heureuse, avec Patrice de Maistre qu’elle ne voit pas souvent et qui l’écoute encore moins, de ce que l’on comprend. La tension est déjà palpable, avant qu’elle n’écoute ces enregistrements où son patron la traite de « petite carriériste » (il n’a pas supporté qu’elle soit nommée au conseil de surveillance d’Hermès).

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En avril 2010, de Maistre explique à Liliane Bettencourt qu’il veut se séparer de Florence Woerth, mais il en parle d’abord… à Eric. La séparation n’est pas franchement amiable. Mme Woerth a signé une clause de confidentialité, elle ne révèlera pas ses indemnités de départ. Elle revient sur ses deux ans de chômage, quand elle croise Maurice Lévy, le patron de Publicis, qui lui lance « Florence aujourd’hui vous portez une étoile jaune ».

Le président sur les enregistrements. « Et quand vous apprenez qu’il y a des comptes en Suisse (…) qu’il se fait des choses contraires aux règles fiscales alors que votre mari est ministre du budget ? »

« Je me sens trompée, assure Florence Woerth, je ne pensais pas qu’à ce niveau de fortune… »

Patrice de Maistre, pour une fois, vient l’appuyer : tous deux soutiennent qu’elle ne savait rien de ces avoirs cachés, « tout était cloisonné » selon Maistre.

Aujourd’hui, Florence Woerth se présente comme « directeur d’un siège social d’une fédération internationale », après recherche sommaire, elle travaille à la Fédération internationale Automobile.

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