Deux mois après son ouverture le 6 mai dernier, le procès de France Télécom entre dans sa dernière phase. Ce procès annoncé comme historique, le premier d’une entreprise du CAC 40 pour "harcèlement moral", a-t-il tenu ses promesses ?

L’ex-PDG Didier Lombard, principal prévenu dans le procès France Télécom.
L’ex-PDG Didier Lombard, principal prévenu dans le procès France Télécom. © AFP / Lionel Bonaventure

Des dizaines de témoins et de parties civiles ont été entendus à la barre. D'anciens employés de France Télécom toujours malades, d'autres qui s'en sont sortis ; la veuve, la fille, le frère d'agents qui se sont suicidés. La colère, le chagrin, la résilience se sont exprimés, retraçant les années noires de France Télécom, qui ont culminé dans ce qu'on a appelé la "crise des suicides", en 2009.

Face à ces témoignages, les sept prévenus poursuivis pour "harcèlement moral", dont l'ex-PDG Didier Lombard, l'ancien numéro 2 Pierre-Louis Wénès et l'ex-DRH Olivier Barberot, se sont parfois montrés touchés, exprimant de la compassion. Aucun n'a cependant esquissé le début d’une reconnaissance de responsabilité. "Ce cas n'a rien à voir avec NexT" ont-ils répété à l'envi. NexT, c'était le plan de la direction pour sauver France Télécom, confrontée à l'endettement et à la concurrence, et qui prévoyait de faire partir en trois ans 22 000 employés sur 120 000. 

La fin du déni

Les 39 cas individuels (19 suicides, 12 tentatives, 8 dépressions ou un arrêt de travail) retenus par les juges d’instruction ont tous été examinés. On entre donc dans la dernière phase du procès, avec les plaidoiries des parties civiles, avant le réquisitoire vendredi 5 juillet, et la défense la semaine prochaine. 

Patrick Ackermann a suivi quasiment toutes les audiences. Ce délégué du syndicat Sud-PTT est celui qui a déposé la première plainte contre France Télécom, c'était en septembre 2009. Pour lui, le défilé des anciens, des proches des disparus, mais aussi des experts, sociologues, psychiatres, médecins du travail, tout cela a permis d'établir les faits. Ils ont raconté les mutations forcées, les changements de métier imposés, les pressions pour partir, les missions bidons, les alertes ignorées. Et leur parole a eu, il en est persuadé, un effet sur les prévenus.

On a senti parfois qu'ils étaient ébranlés, et même émus. Le déni qu'on a vécu à France Télécom dans les années 2007-2009, ce déni n'est plus possible

"Les parties civiles espèrent entendre des regrets" poursuit le syndicaliste. "Il n'est pas trop tard! Mais au-delà des regrets, ce procès montre tout ce qu'il ne faut pas faire dans une entreprise du CAC 40, en termes de management. Plus jamais ça : c'est ce qu'on espère."

L'analyse de Michel Lallier, président d’ASD Pro, une association qui accompagne les victimes de suicide et dépression au travail, est différente. Pour lui, le déni est toujours à l'oeuvre chez les prévenus. Partie civile au procès, il continue à voir les effets des années noires à France Télécom. 

On reçoit encore aujourd'hui des personnes qui à l'époque n'avaient pas déclaré de pathologie. Petit à petit, tout remonte à la surface... C'est caractéristique d'un syndrome post-traumatique.

Au-delà du cas de France Télécom, le mécanisme, dit-il, se reproduit dans de nombreuses entreprises publiques, contraintes de changer radicalement en réduisant leurs effectifs. "On reçoit des messages de fonctionnaires en grande souffrance. A l'Éducation nationale, dans les hôpitaux, à la SNCF... Il ne faudrait pas que ces dirigeants d'entreprises publiques soient tentés par la mise en oeuvre de ce qu'avait fait France Télécom à l'époque" prévient Michel Lalllier. 

C'est la raison pour laquelle il espère une condamnation dans ce procès. "Ce serait un avertissement pour leur dire 'attention, demain, c'est peut-être vous qui serez là, au tribunal.

Le procès se termine le 11 juillet. 

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