C’est une des nouvelles dispositions que permettent les ordonnances prises la semaine dernière par la Chancellerie : face au coronavirus, les avocats peuvent désormais assister leur client en garde à vue à distance, par téléphone ou autre moyen de communication.

Contrôle de police dans un quartier de Marseille
Contrôle de police dans un quartier de Marseille © AFP / CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

L'ordonnance qui prévoit cette nouvelle possibilité date du 25 mars dernier. Les toutes premières gardes à vue avec assistance par téléphone ont donc eu lieu en fin de semaine et le week-end dernier. Avec plus ou moins de succès. 

L'avocat au barreau de Paris, Thomas Klotz, a été l'un des premiers à tester ce dispositif inédit, l'entretien avec son client gardé à vue par téléphone. Puis, "l'officier de police judiciaire a pu me lire les procès-verbaux", raconte-t-il. Suivi de l'audition, via un téléphone placé en haut-parleur sur le bureau. Et même jusqu'à une confrontation, l’avocat de la personne confrontée étant lui-même confiné à son domicile. "C'était parfois un peu la cacophonie", reconnaît-il, "mais ça s'est bien passé, j'ai pu appeler les enquêteurs, ils se sont montrés disponibles, poursuit l'avocat pénaliste, qui n'en juge pas moins l'opération "étrange". Et surtout : "La limite est terrible. Il faut être clair qu'un avocat n'est pas fait pour intervenir par téléphone : un avocat pendant la garde à vue c'est avant tout une présence". 

Au bon vouloir des enquêteurs ... 

L’autre limite, c’est aussi la bonne volonté des enquêteurs. Me Sarah-Mauger Poliak, elle, en a fait l'amère expérience. Samedi dernier, elle est appelée à intervenir pour l'un de ses clients dans une affaire de conflit de voisinage qui a dégénéré - le chien de l'un aboyant sans cesse au point d'en exaspérer l'autre.  

Suspectée d'être elle-même contaminée par le Covid-19, il lui était tout simplement impossible d'imaginer se rendre dans un commissariat dépourvu de toute mesure de protection. Elle demande donc l'application de cet article 13 de l'ordonnance 2020-303.  Les premiers policiers n'en ont absolument pas entendu parler. Quant aux suivants ... "Ils m'ont indiqué que ce ne serait pas possible pour plusieurs raisons, explique aujourd'hui l'avocate, la première, selon eux, c'est qu'ils avaient l'impossibilité de s'assurer que j'étais vraiment un avocat. La seconde était qu'il était hors de question pour eux de laisser un détenu seul avec un téléphone dans la mesure où ils ne pouvaient pas s'assurer qu'il appelait véritablement son avocat et pas une autre personne."

Résultat : pas d’autre choix que d’envoyer sa collaboratrice. Sans aucune protection pour elle pendant les longues heures passées au commissariat. 

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