heurts entre forces de l'ordre et groupes d'extrême droite à l'issue de "la manif pour tous"
heurts entre forces de l'ordre et groupes d'extrême droite à l'issue de "la manif pour tous" © reuters

Est-ce une façon de continuer le mouvement, maintenant que la loi a été promulguée, et les premiers mariages entre personnes du même sexe célébrés? Lundi 3 juin, les organisateurs du mouvement "la Manif pour tous" ont annoncé le dépôt, en cours, de plaintes contre les forces de police, pour protester contre des contrôles d'identité et des gardes à vue qu'ils estiment arbitraires.

Au cours de la dernière manifestation des opposants au mariage pour tous,le 26 mai dernier, la police a interpellé 276 personnes, principalement sur l'esplanade des Invalides. 208 ont été placées en garde à vue. Au final, 13 seront jugées. La plupart des gardés à vue sont sortis aaprès 24 ou 48H de cellule sans notification, ou avec un simple rappel à la loi. Le ratio interpelle: selon les organisateurs, on aurait mis en garde à vue à l'aveugle, sans motif, des manifestants pacifiques, dont certains avaient pour seul tort de porter le t-shirt de la Manif pour tous. Le mouvement, désormais dirigé par Ludovine de la Rochère, est appuyé dans sa démarche par plusieurs avocats, dont Me Alexandre Varaut, défenseur notamment de Philippe de VIlliers, et ancien eurodéputé sous l'étiquette du MPF. Le manque de respect des policiers, les conditions déplorables, parfois, de la garde à vue, la saleté des cellules, l'avocat que l'on n'appelle pas, ce type d'abus, les avocats les dénoncent, régulièrement, depuis des années.

Seulement d'habitude, leurs clientes s'appellent rarement Marie-Alix, Mathilde ou Elise. Agées de 23 à 25 ans, ces jeunes filles de bonne famille ont été arrêtées aux Invalides, dans la soirée du 26 mai, à l'issue de la manifestation. Marie-Alix raconte.

J'étais assise sur le trottoir, les policiers ont couru vers nous

Au total, elles ont fait 24H de garde à vue. Les jeunes femmes avaient jusque-là, disent-elles,une bonne image de la police. L'expérience laisse un très mauvais souvenir à Elise, Mathilde, et Marie-Alix.

Les geôles étaient ignobles de saleté

Elles sont sorties de garde à vue avec un simple "rappel à la loi", pour ne pas s'être dispersées après sommation des policiers aux Invalides. Toutes disent avoir déposé une plainte.

L'avocat Henri de Beauregard a assisté, en tout, une dizaine de ces gardés à vue d'après manifestation. Il dénonce des centaines de cas similaires à celui des trois jeunes femmes.

On a interpellé à l'aveugle, pour faire du chiffre

Difficile de savoir si ces plaintes ont une chance d'aboutir. Au pénal, il faut ainsi que chaque plaignant puisse identifier la personne qui l'a interpellée, ou qui l'a placée en garde à vue. La procédure civile pour "faute lourde de l'Etat" envisagée par l'avocat a quant à elle valeur de symbole. Un site internet, "libertépourtous.fr", vient d'être lancé pour collecter tous les témoignages. Au-delà de l'avenir judiciaire de ces procédures, l'histoire a un côté cocasse, quand la France des beaux quartiers découvre la réalité des contrôles d'identité "au faciès", et des cellules de garde à vue. De quoi, qui sait, faire naître chez ces jeunes gens bien nés des vocations pour la défense des droits et des libertés individuelles.

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