À la veille du samedi noir que redoute le pays, le Premier ministre a annoncé jeudi soir des moyens "exceptionnels" : 89 000 forces de l'ordre mobilisées sur le territoire, avec une quinzaine de blindés de la gendarmerie. Des moyens rassurants pour Marie, policière parisienne encore choquée par la violence de samedi.

Les policiers se sont souvent retrouvés en difficulté face aux manifestants samedi dernier à Paris
Les policiers se sont souvent retrouvés en difficulté face aux manifestants samedi dernier à Paris © AFP / Alain JOCARD

Faire face à une violence inédite

Marie* était le week-end dernier en première ligne, face aux casseurs. Cette jeune policière de la BAC, une brigade anti-criminalité, appelée à la rescousse face aux premières violences urbaines à Paris, a elle-même été légèrement blessée. Comme beaucoup de collègues, elle a été visée par des barres de fer découpées à la disqueuse, des boules de pétanque, toutes sortes de projectiles. "Moi je suis plutôt jeune dans l'administration, explique Marie, donc j'ai interrogé mes collègues sur place qui avait un peu plus de bouteille. Certains ont entre 20 et 25 ans d'ancienneté et ils ont jamais vu ça, jamais ! C'est la première fois qu'on a fait face à une telle violence et à une telle haine anti-flic. On avait des individus face à nous qui souhaitaient clairement notre mort. Et ils ne s'en cachaient pas. Ils nous faisaient des gestes d'égorgement, des gestes  signifiant qu'ils voulaient vraiment attenter à notre vie. Cette violence, même au quotidien dans notre travail anti-criminalité, on n’y est pas confronté. "

Je me suis dit qu'on allait avoir de la chance si on n'avait pas de blessés et s'il n'y avait pas de morts dans nos rangs.

La policière raconte "Je me suis dit qu'on allait avoir de la chance si on n'avait pas de blessés et s'il y avait pas de morts dans nos rangs'
La policière raconte "Je me suis dit qu'on allait avoir de la chance si on n'avait pas de blessés et s'il y avait pas de morts dans nos rangs' © AFP / Lucas BARIOULET

Marie redoute ce qui l'attend samedi mais elle ira

La jeune policière a été rappelée, pour ce samedi 8 décembre, comme 90% de ses collègues. Et elle retournera sur le pavé, avec une certaine angoisse. "Là on est tous mobilisés. Pour samedi on a énormément d'appréhension sur la manière dont ça va se dérouler, la manière dont ça va être géré. On espère que la gestion opérationnelle sera meilleure, et que la violence sera moindre, évidemment. On l'espère autant pour nous que pour les citoyens, parce qu'au-delà du fait que nous avions peur pour notre intégrité physique, on avait peur aussi pour les citoyens qui se sont retrouvés acculés et pris entre ces scènes de violence. 

On redoute énormément samedi et on a peur que le bilan ne sois pas aussi clément que samedi dernier. 

Malgré beaucoup d'appréhension, pour Marie, il n'est pas envisageable d'être absente du terrain. "On s'est engagés pour protéger la République et ses institutions, pour protéger les principes et les valeurs de notre pays, donc avec un tel déferlement de haine et de violence, on se doit d'être présent, malgré la peur. On se doit de faire face, de faire front et de parer à toutes les exactions dont on a été témoin. C'est notre rôle, et si on n'est plus là, il n'y a personne qui le fera."

La peur c'est une chose, on la garde en nous, elle est enfouie, mais ce n'est pas ça qui nous empêchera de faire notre travail.

*Marie c’est le prénom qu'elle a choisi en sortant de son droit de réserve. Marie est par ailleurs devenue une porte-parole du Mouvement des Policiers en Colère.

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