Peines lourdes pour 8 anciens salariés de Goodyear
Peines lourdes pour 8 anciens salariés de Goodyear © MaxPPP

Neuf mois de prison ferme: les huit anciens salariés de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord ont été condamnés ce mardi à une lourde peine pour la séquestration durant 30 heures en 2014 de deux cadres dirigeants de l'entreprise.

Le parquet avait requis contre chacun d'entre eux une peine de deux ans d'emprisonnement, soit un an "ferme aménageable" et un an de sursis, lors de l'audience du 24 novembre.

Ils ont écopé mardi de 24 mois de prison, dont 15 avec sursis. Deux d'entre eux ont également été condamnés pour violences en réunion, mais sans peine supplémentaire.

►►►Ecoutez le reportage d’Olivier Estran

Des peines inédites

L'avocat des prévenus, Me Fiodor Rilov, estime que cette décision est "consternante ".

Il s'agit d'une réelle volonté du parquet et du gouvernement d'intimider les militants syndicaux pour qu'à chaque fois qu'il y a une bataille contre une fermeture d'usine, ils se mettent à craindre l'épée de Damoclès d'une répression pénale. (Me Fiodor Rilov) Je m'y attendais, mais en même temps on trouve la décision très injuste. On va faire appel. Ça fait longtemps que la confiance en la justice est cassée... (Hassan Boukri, l'un des prévenus) Pour moi, six mois de sursis c'était déjà une catastrophe alors imaginez neuf mois ferme..." (Reynald Jurek, un autre prévenu)

Appel à la mobilisation

Mickaël Wamen, le leader syndical CGT Goodyear, aussi condamné, a appelé de son côté "l'ensemble des salariés de notre pays, tous ceux qui pensent que la justice sociale est importante à une mobilisation d'ampleur hors norme, le jour de l'appel ".

Réactions de soutien aux salariés

La CGT Goodyear Amiens-Nord a fustigé, dans un communiqué, ce "jugement inacceptable ", qui "est l'arme avec laquelle Hollande, Valls, Taubira et l'ensemble du gouvernement ont décidé d'intimider tous les salariés qui se battent pour leur droit et leurs emplois ".

Pour la fédération du Parti socialiste de la Somme ces salariés "se sont battus dignement pour défendre leur outil de travail et les emplois ".

►►► Ecoutez le premier secrétaire de la fédération du PS de la Somme, Philippe Casier :

"Très choqué ", le député PS du Cher Yann Galut aimerait "la même sévérité à l'égard des patrons voyous ".

A droite, le ton est très différent et la condamnation est jugée logique. ►►► Ecoutez le député et président du parti Les Républicains de la Somme, Alain Gest :

Plusieurs personnalités se sont exprimées sur le réseau social Twitter :

Rappel des faits

Entre le 6 et le 7 janvier 2014, le directeur des ressources humaines ainsi que le directeur de la production avaient été retenus dans les locaux de l'usine de pneumatiques que plusieurs dizaines de salariés avaient occupée avant de les laisser partir.

A sa libération, ce dernier avait reconnu qu'il n'y avait "pas eu de comportement qui a porté atteinte à notre intégrité physique ", même si "certaines fois, nous n'étions pas très rassurés ". Lors de l'audience, les violences évoquées faisaient état "d'une oreille tirée " mais cette situation avait été vécue comme "particulièrement humiliante " pour l'un des cadres car filmée par des journalistes.

A la barre, tous les prévenus avaient évoqué "un coup de colère " face à une direction qui "n'apportait aucune réponse " à la "détresse sociale " dans laquelle se trouvaient les salariés de cette entreprise de 1.143 salariés, fermée quelques jours après.

Ils avaient aussi réfuté toute préméditation de leur geste.

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