Depuis 15 ans, plusieurs juges d'instruction successifs ont tenté de faire la lumière sur la mort en Afghanistan de Bettina Goislard, jeune française dont l'assassinat en 2003 a été revendiqué par les Talibans. Le commanditaire présumé est incarcéré à Guantanamo.

Un juge français souhaiterait entendre l'un des détenus de la prison américaine. Jusqu'ici, il n'a obtenu aucune réponse.
Un juge français souhaiterait entendre l'un des détenus de la prison américaine. Jusqu'ici, il n'a obtenu aucune réponse. © AFP / Sylvie Lanteaume

Bettina Goislard, 29 ans, est la première Française tuée en Afghanistan depuis la chute du régime taliban. La jeune femme travaille alors pour le HCR, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés. Le 16 novembre 2003, à Ghazni, sa voiture est visée par des coups de feu. Bettina Goislard succombe à ses blessures. 

En 15 ans, le dossier est passé entre les mains de plusieurs juges d'instruction français. Mais l'enquête patine. Les deux exécutants afghans ont été condamnés à mort. Mais faute de magistrat de liaison en Afghanistan, impossible de savoir ce qu'il est advenu d'eux. L'un pourrait avoir été échangé contre un autre prisonnier. 

Un commanditaire présumé incarcéré à Guantanamo

Pourtant, de l'autre côté de l'Atlantique, les États-Unis ont identifié le commanditaire présumé de cet assassinat : Abd al Hadi al Iraki, un chef d'Al Qaïda, aujourd'hui emprisonné à Guantanamo. C'est via internet, en tombant sur un acte d'accusation mis en ligne par l'administration américaine, que l'actuel juge d'instruction s'en est rendu compte. 

David De Pas a donc demandé il y a environ sept mois à aller sur place afin d'entendre le détenu. Ou au moins avoir accès aux documents du dossier qui établissent la connexion entre l'Irakien et Bettina Goislard. Mais depuis, rien. Silence radio, tant du côté de Washington que du côté de la Chancellerie, à Paris. 

Pourquoi ce blocage? Me Cosima Ouhioun, avocate de la famille Goislard s'interroge. Ses clients ont pourtant le droit de savoir, souligne-t-elle. "C'est très important pour cette famille qui depuis 15 ans n'arrive pas à faire son deuil. Ils sentent qu'on peut leur apporter des réponses, mais qu'on ne le fait pas. Investiguer, aller au bout des choses, est essentiel pour eux, et pour la mémoire de Bettina Goislard, victime du terrorisme aujourd'hui oubliée". 

Il y a six ans, une juge française, Sophie Clément, avait tenté de se rendre à Guantanamo. Sans succès.

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