Guy Wildenstein devant une toile de Monet à New-York en 2007
Guy Wildenstein devant une toile de Monet à New-York en 2007 © Brendan McDermid/Reuters

C'est un nom mythique dans le monde des collectionneurs : Guy Wildenstein, l'héritier des célèbres marchands d'art, comparaît à partir du 4 janvier devant le TGI de Paris, pour fraude fiscale et blanchiment.

Un procès retentissant

Aux côtés de Guy Wildenstein, 70 ans, comparaîtront sur le banc des prévenus sa belle-soeur, son neveu, mais aussi des avocats, notaires et banquiers.Ce procès, c'est le dernier épisode en date d'un feuilleton entamé à la mort de Daniel Wildenstein en octobre 2001. Ses héritiers auraient, selon l'accusation, volontairement omis de déclarer la plus grande partie de l'immense fortune du collectionneur. Chevaux, tableaux, galerie d'art, ranch au Kenya étaient hébergés dans des "trusts" pour échapper au fisc. Aujourd'hui,les impôts réclament à la famille 550 millions d'euros , une somme que les Wildenstein contestent devoir payer.

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Guy Wildenstein encourt 10 ans de prison pour fraude fiscale et blanchiment aggravé. C'est la veuve de Daniel Wildenstein, Sylvia, qui avait la première contesté cette succession, et contribué à la révélation des montages financiers ayant permis aux Wildenstein d'échapper à l'impôt. Le fisc avait fini par porter plainte en 2011. Sylvia Wildenstein est morte en 2010, elle n'assistera donc pas à ce procès.

Pour son ancienne avocate, Claude Dumont-Beghi, qui a mené ce combat avec elle, l'important, c'est que la justice passe.

J'ai une pensée pour Sylvia, qui a été à mes côtés pendant sept années de lutte. A la mort de Daniel, ses beaux-fils lui ont dit que son mari était mort ruiné. Daniel Wildenstein, un des plus grands marchand d'art du XXème siècle, mort ruiné ? En réalité, ils ont déclaré 43 millions d'euros au fisc à sa mort; mais son patrimoine se compte en milliards. Ces milliards d'euros sont cachés dans des trusts, qui n'ont pas été déclarés à la mort de Daniel. Si nous n'étions pas allées au bout de cette histoire, aujourd'hui l'Etat français n'aurait pas la chance que soit réglé enfin, dans les conditions que la justice décidera, ce qui sera dû par les Wildenstein. Et ils seront toujours milliardaires après avoir rempli leurs obligations fiscales !

Les "trusts" au coeur du procès

Au coeur du procès, les trusts, ces mécanismes de droit anglo-saxons qui permettent de mettre sa fortune à l'abri entre les mains d'un "trustee", qui gère les fonds pour le futur bénéficiaire.Chez les Wildenstein, c'était une tradition familiale depuis Nathan et Georges, grand-père et père de Daniel Wildenstein, explique Me Dumont-Beghi.

Leurs collections de tableaux, exceptionnelles, fabuleuses, ont toujours été mises en dehors de toute activité commerciale. Du temps de Nathan déjà, et du temps de Georges, qui avait créé le "Georges trust" en 1963. Il a ensuite été transféré à un autre trust, le "David trust", du nom du petit-fils de Daniel Wildenstein. Tous ces trusts, dans lesquels sont les tableaux, sont localisés dans des ports-francs, notamment à Genève, Guernesey, Jersey... C'est le cas pratique de tout ce qu'on peut faire avec un trust. Maintenant, tous les efforts que nous avons faits sur cette affaire permettent un meilleur contrôle. Tout ça est organisé très bien, depuis des générations... On a juste commencé à entrouvrir la porte du coffre .

Du côté de la défense de Guy Wildenstein , on explique que jusqu'à présent, d'après la jurisprudence, les biens placés dans des trusts n'avaient pas à être déclarés dans une succession . Guy Wildenstein, qui n'est ni un juriste ni un fiscaliste, a suivi de bonne foi, assure-t-on, les conseils de ses avocats à la mort de son père. Deux décisions de la cour d'appel de Paris en 2005 et 2008, dans les procédures qui l'opposaient à sa belle-mère Sylvia, ont d'ailleurs reconnu que les biens de Daniel Wildenstein placés dans les trusts n'avaient pas à être déclarés. Aujourd'hui, les juges d'instructions qui ont enquêté après la plainte du fisc en 2011 font une toute autre analyse. Dans leur ordonnance, les juges Daïeff et Tournaire estiment que ces trusts fonctionnaient de manière détournée , les "trustees" n'ayant aucune latitude sur la gestion des biens, qui restait entre les mains de Daniel Widenstein, puis de ses fils. Des sortes de "trusts fictifs" donc, qui n'avaient pour seul objet que d'échapper à l'impôt.

Une saga familiale aux airs de Dallas

Ce procès est très attendu par nombre de grandes fortunes, qui ont recours également aux trusts pour protéger leur patrimoine. Mais nul doute qu'il sera aussi l'occasion de revenir surune saga familiale riche en trahisons et secrets . Sur le banc des prévenus, il y aura aussi Liouba, la seconde femme d'Alec Wildenstein, le frère de Guy, décédé en 2008. Comme Sylvia, Liouba avait attaqué Guy Wildenstein, qu'elle accusait d'abus de confiance pour avoir dissimulé certains biens de la succession de son frère. Par un retour de boomerang, elle se trouve finalement poursuivie pour complicité de blanchiment. L'image que donneront à voir les Wildenstein dans ce procès, c'est donc celle d'une famille déchirée.

Pour Claude Dumont-Beghi, qui fut l'avocate de Sylvia , les fils Wildenstein sont à l'origine des dimensions prises par l'affaire; car, affirme-t-elle, sa cliente a tout tenté pour trouver un arrangement.

C'est une affaire extrêmement triste et regrettable. Sur le plan familial, les choses auraient pu s'arranger, nous avons tenté de le faire, à plusieurs reprises. Le manque de discernement, le déni, l'arrogance de Mr Guy Wildenstein notamment, ont empêché un arrangement honorable.Ils ont tellement d'argent qu'ils pensent qu'ils sont au-dessus des lois. C'est une forme de toute-puissance.. . Ce procès va permettre de rappeler les règles de droit à certains milliardaires et certaines organisations financières. Ma cliente (disparue en 2010) aurait voulu donner tout cet argent à une fondation. Cela ne pourra être fait, mais l'administration fiscale va de son côté récupérer les sommes qui lui sont dûes, ce qui est déjà bien.

Une analyse là aussi réfutée par la défense de Guy Wildenstein, pour qui c'est Me Dumont-Beghi qui au contraire a empêché toute conciliation , en faisant miroiter à sa cliente des choses impossibles. En tous les cas, la famille Wildenstein (Guy, Liouba, ainsi qu'Alec Jr et Diane, les enfants d'Alec) entend continuer à démontrer lors du procès que les juges font erreur, et qu'elle n'a pas à payer la somme réclamée par le fisc.

Le procès est prévu jusqu'au 28 janvier.

Les milliards cachés des Wildenstein / Claude Dumont-Beghi
Les milliards cachés des Wildenstein / Claude Dumont-Beghi © L'Archipel

Claude Dumont-Beghi est l'auteur d'un livre, "Les milliards cachés des WIldenstein" à paraitre le 6 janvier aux éditions l'Archipel.

►►► Retrouvez le dossier sur l'affaire Wildenstein réalisé par Benoît Collombat en 2010

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