Jean-Pierre Vidal a été victime d’une erreur de formulaire au moment de son abandon, à cause de laquelle il n'a pu apprendre l'identité de sa mère que l'année dernière. Il a engagé une procédure au tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

Jean-Pierre Vidal a été abandonné à l'âge de 2 ans en 1958 par sa mère biologique.
Jean-Pierre Vidal a été abandonné à l'âge de 2 ans en 1958 par sa mère biologique. © Maxppp / Lionel Le Saux

"Ma vie a été gâchée." Jean-Pierre Vidal, 63 ans, ne mâche pas ses mots pour décrire le préjudice qu’il estime avoir subi. Toute sa vie, ce commerçant d’Aurillac a cru être né sous X, alors qu’il a en réalité été victime d’une erreur de formulaire au moment de son abandon. Aujourd’hui, il engage une procédure au tribunal administratif de Clermont-Ferrand, pour demander réparation à l’État et au Conseil départemental du Cantal. 

Jean-Pierre a été abandonné par sa mère biologique en 1958, deux ans après sa naissance. "Elle avait demandé le secret de ma naissance juste envers sa famille, mais avait bien donné pour consigne qu’on me transmette son identité et qu’aucun secret ne me concernait", raconte-t-il à France Inter. "Elle avait même donné des consignes selon lesquelles je pourrais être adopté par une famille."

Le préjudice moral est très important. J’ai pu me relever. Je suis marié, j’ai trois enfants. Mais je suis un rescapé, ma vie a été gâchée.

Le Cantalien vit pendant un certain temps de foyer en foyer, de nourrice en nourrice, pour finir à 14 ans dans un établissement spécialisé pour enfants en détresse à Montpellier. "Toutes les fois où une personne ouvrait mon dossier, elle était persuadée que j’étais né sous X et ne pouvais pas me transmettre des informations sur mes origines."

Jusqu’à l’année dernière. "Une éducatrice a pris soin de récupérer mon dossier. Elle m’a alors dit qu’il avait un problème, qu’elle l’envoyait à Paris et qu’elle prévenait le conseil général du Cantal et le département." Peu après, les résultats du Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (CNAOP) reviennent de Paris. 

Verdict : son dossier n’a jamais été tenu par le secret, et Jean-Pierre Vidal aurait dû avoir accès à tous les documents sur ses origines dès ses 18 ans. Un choc émotionnel, d’autant plus quand Jean-Pierre Vidal apprend que sa mère est décédée de façon abrupte : "On me dit ‘Monsieur, vous avez de la chance, on a retrouvé votre maman'. Deux minutes après, on me dit qu'elle est morte en 1996 et que je ne pourrai jamais la connaître."

Madame le préfet a reconnu les torts, mais n’a pas souhaité, comme le président du conseil général, m’adresser des excuses et me faire une proposition pour m’indemniser ou m’aider. Je n’ai même pas été reçu par ces gens.

La procédure est aujourd’hui engagée au tribunal administratif de Clermont Ferrand, avec mise en cause du Conseil départemental du Cantal et de l’État. Le préjudice à réparer est, rapporte l’avocat de Jean-Pierre Vidal, "celui d’une vie qui n’aurait pas du être la sienne, le désordre majeur de ses conditions d’existence", ainsi que "le préjudice moral comparé à celui d’une personne victime d’une substitution de sa naissance, ayant été élevé par une autre famille que sa famille biologique." Un préjudice que son conseil estime à 400 000 euros.

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