Martine et Hélène, les sœurs de Brigitte Troadec, victime du quadruple meurtre d'Orvault, ont livré à la barre un témoignage émouvant et combattif. L'accusé principal, Hubert Caouissin, a gardé les yeux baissés. Le procès se poursuit à Nantes jusqu'au 9 juillet, devant la cour d'assises de Loire-Atlantique.

Les sœurs de Brigitte Troadec, victime du quadruple meurtre d'Orvault, ont témoigné à la barre ce jeudi.
Les sœurs de Brigitte Troadec, victime du quadruple meurtre d'Orvault, ont témoigné à la barre ce jeudi. © AFP / Loïc Venance

Charlotte tout sourire, prise en "selfie" avec sa meilleure amie Emmeline. Sébastien qui fait le zouave avec son cousin. Pascal et Brigitte, le jour de leur mariage, lui tout jeunot dans son costume gris clair, elle rayonnante, ses boucles rousses lâchées sur les épaules. Ce sont les photos d'une vie simple, "c'était leur vie, avec ses grands moments de bonheur", dit à la barre Martine, la sœur ainée de Brigitte. 

Elles étaient trois sœurs, Brigitte était la cadette. Martine et Hélène sont là pour celle qui manquera toujours sur la photo de famille. Ce sont elles qui ont préparé cet album pour la cour, pour que l'on voie autre chose d'eux que les clichés d'identité publiés par la presse au moment de leur disparition. 

Traumatisme familial

C'est la première fois qu'elles s'expriment publiquement et, ce témoignage à la barre, elles l'attendaient depuis quatre ans. Martine d'abord, 56 ans, cheveux blonds bouclés, en robe noire à pois blancs. Elle commence par parler de leur mère, Denise, trop malade pour être là : "Ça a brisé sa vie, de perdre sa fille et ses petits-enfants qu'elle adorait. Ma mère a perdu la notion du temps, elle est devenue contemplative, elle vit avec l'image de Brigitte, Sébastien et Charlotte. Elle ne peut pas réaliser ce qui s'est passé… Comme nous."

Martine pense toujours que Brigitte, Pascal, Sébastien et Charlotte vont revenir un jour, que ses enfants reverront leurs cousins, comme avant. Après l'émotion vient la colère :

Je ne peux pas admettre que quatre personnes puissent être massacrées, dépecées, brûlées, par un pervers narcissique… pour rien, pour rien, pour rien !

Elle se tourne vers le box où Hubert Caouissin garde les yeux baissés. "Regardez-moi, s'il vous plaît." La présidente interrompt l'échange, Martine s'excuse. 

"J'attends ce moment depuis si longtemps… Je fais des cauchemars horribles, je ne peux plus ouvrir un coffre de voiture ; manger de la viande, c'est difficile… J'ai de la colère", dit-elle. "Quand je pense que Charlotte n'aura jamais d'enfants, que Brigitte ne connaîtra jamais ce bonheur d'être grand-mère." Elle tient à redessiner le portrait parfois peu flatteur de cette famille discrète, voire renfermée. "Pascal et Brigitte avaient de très bonnes relations, lui était timide, réservé, elle avait plus de personnalité, ils se complétaient, s'entendaient bien." 

"Comme si on voyait un mauvais feuilleton à la télé"

C'est elle qui a prévenu les gendarmes, après la disparition de la famille. Brigitte n'appelle pas leur mère, comme tous les dimanches. Puis personne ne répond aux textos des deux sœurs, ni Brigitte, ni ses enfants. Quand elle apprend le 23 février que les parents ne sont pas allés travailler, "un flux glacial m'a traversé", se souvient-elle, "je me suis dit, 'C'est quand même pas cette histoire d'or ?'" Brigitte lui avait raconté les accusations d'Hubert Caouissin, après une réunion de famille houleuse, en 2014. "Elle était affolée, mais j'ai pas fait attention, c'était ridicule." 

Vient ensuite l'attente, et l'avancée de l'enquête, qu'elles apprennent le plus souvent par la presse. "C'était irréel, comme si on voyait un mauvais feuilleton à la télé. C'est horrible, il n'y a pas de mots." Hélène, la cadette, 45 ans, cheveux courts, en combinaison bleue, se souvient des premières investigations qui se dirigent sur Sébastien : "Je n'y ai pas cru du tout, ce n'était juste pas possible. C'était terrible d'entendre qu'il était impliqué." Après les aveux d'Hubert Caouissin, Hélène se souvient aussi d'avoir demandé : "Où sont les corps ?" et du silence de l'enquêteur. "J'ai regardé sur internet, et c'est comme ça que j'ai appris ce que Monsieur Caouissin avait fait avec les quatre corps", dit-elle. 

Les deux sœurs partagent une conviction : l'accusé a préparé son crime. Mais il n'est pas poursuivi pour assassinat, la préméditation n'a pas été retenue par les juges d'instruction. Sur le mobile, aussi, elles ont leur idée. "Il a effacé la vie de quatre personnes pour rien... Il les a tués pour se venger de n'être rien", lâche Martine après l'audience. "Mais nous, on va avancer. On va continuer à vivre." Avec l'espoir que ce procès permette de tourner une première page, de refaire partir la course du temps. De commencer ce deuil impossible