À la barre du tribunal correctionnel de Paris, ce vendredi, un capitaine de police accusé d'outrage et d'acte de rébellion contre...des collègues lors d'une manifestation de gilets jaunes le 21 septembre. Le jugement sera rendu le 25 octobre.

Procès le 11 octobre d'un policier qui a manifesté avec les gilets jaunes et insulté ses collègues
Procès le 11 octobre d'un policier qui a manifesté avec les gilets jaunes et insulté ses collègues © Getty / Bernard Van Berg / EyeEm

Les faits remontent au samedi 21 septembre, lors des journées du patrimoine à Paris. Le capitaine de police Nicolas Cinquinni, qui se décrit comme un "sympathisant" du mouvement des gilets jaunes, est repéré en train de regarder passer ses collègues motards et leurs passagers des Brigades de répression de l'action violente (Brav) avant de les insulter copieusement.

Arrêté par un policier qui l'avait entendu proféré ses injures, il est alors accusé d'outrage et d'acte de rébellion. Convoqué ce vendredi  11 octobre devant le tribunal correctionnel, Nicolas Cinquinni a totalement assumé son coup de colère à l'encontre de ses collègues, à l'exception des mots choisis - bande de pédales- pour les qualifier. Un terme "inapproprié", reconnaît-il face à la présidente du tribunal. 

Lors de sa garde à vue, l'officier, ancien enquêteur de la brigade criminelle du "36" sur l'affaire du tueur en série Guy Georges, passé par l'anti-terrorisme à la DST puis aux ex-renseignements généraux, a  reconnu qu'il avait bien traité ses collègues de "branleurs et de pédales" mais pas du tout comme cela apparaît sur le procès verbal qui lui vaut de se retrouver devant un tribunal. 

Ce jour là, il venait de voir passer  les Brav-M. Ces brigades d'intervention à moto lui rappellent les "voltigeurs", lui qui est d'une génération - il a 54 ans - qui a vécu la mort de Malik Oussekine, cet étudiant frappé à mort par des policiers motards en 1986. Nicolas Cinquinni déteste ce genre de brigades d'intervention, formées spécialement pour gérer les manifestations des "gilets jaunes". 

Pour son avocat, maître Sameul Aitkaki , l'infraction reprochée à son client n'est pas constituée. Celui-ci ne s'est pas adressé directement à un motard ou à son passager, il était en train de parler à ses voisins dans la foule des manifestants gilets jaunes, ce qui est "totalement différent", l'avocat feignant de s'étonner du coup de l'absence de ces policiers motards sur le banc de la partie civile. Des fonctionnaires qui ne l'ont "évidemment pas entendu proférer ces paroles"

En revanche, l'un des policiers en tenue qui a procédé à l'arrestation s'est déclaré humilié par l'attitude arrogante et méprisante de ce collègue qui, selon lui, a refusé de sortir ses mains de ses poches pour se faire menotter (d'où le procès verbal pour acte de rébellion). Le prévenu aurait aussi refusé de dire ce qu'il faisait exactement dans la police en lui affirmant que, s'il lui révélait ses activités, il devrait "le tuer".  

À la barre, l'accusé explique que c'était à prendre au second degré, que c'est parce qu'il est en fait habilité secret-défense. L'avocate du gardien de la paix qui s'est senti outragé réclame au nom de son client 800 euros de dommages et intérêts.

Un parcours personnel difficile  

Nicolas Cinquinni est actuellement en poste au service commun technique et informatique du ministère de l'Intérieur, basé dans les locaux de la direction générale de la gendarmerie nationale à Issy-les-Moulineaux, près de Paris. Cela fait longtemps,très longtemps, qu'il n'a pas été ni promu ni changé de grade : depuis 1995. "C'est anormal", indique une source syndicale. "Il s'est forcément passé quelque chose". Selon nos informations, ne figure dans son dossier administratif qu'une seule mention : avoir frappé un suspect en garde à vue, en l'occurrence une claque.

Au début des années 1990, jeune officier, Nicolas Cinquinni a débuté sa carrière au sein de la police judiciaire aux Halles, à Paris et dans le XVIII eme arrondissement de la capitale avant de rejoindre l'un des deux groupes d'enquête de la célèbre "Crim" au 36 quai des Orfèvres. Il est sixième du groupe Sanderson, chargé de traquer Guy Georges, le "tueur de l'Est parisien".  

Depuis, le fonctionnaire de police raconte que sa vie personnelle a basculé avec une tentative de suicide, plusieurs dépressions et séjours en hôpital psychiatrique, qu'il a pris des antidépresseurs pendant un an et demi mais que tout cela est terminé depuis bientôt deux ans. L'expertise psychiatrique déclenchée durant sa garde à vue n'a pas révélé de troubles particuliers, a confirmé la présidente à l'audience. Nicolas Cinquinni voulait donc montrer cet après midi qu'il n'était pas fou et en a profité pour en rajouter dans la dénonciation de collègues qui lors de son interpellation lui semblaient en "guerre contre les gilets jaunes".   

Ce qui a permis également à l'avocat du prévenu de rappeler qu'être policier et gilet jaune n'est pas une "maladie", qu'il n'était pas en service ce jour-là et que tout fonctionnaire de police qu'il est, il a le droit d'être un citoyen "critique" sur des unités d'intervention fortement contestées depuis un an maintenant à Paris, au delà des mots employés pour le dire et d'une infraction qu'il conteste.  Une déclaration sans doute lancée également en direction de la direction générale de la police nationale qui a suspendu administrativement son client pendant quatre mois.

Sans demander à l'audience de suivi psychologique lors de son réquisitoire, le procureur a clairement estimé que ce serait mieux de consulter à nouveau, qu'une telle attitude d'un capitaine de police dans le contexte que l'on connait de violences et de haines contre les forces de l'ordre était "consternante". Pour le représentant du ministère public, l'outrage et la rébellion sont bien constitués. Il demande 2 mois de prison avec sursis. 

Le jugement a été mis en délibéré au 25 octobre.

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