Les avocats sont toujours mobilisés contre la réforme des retraites, qui signerait la fin de leur régime spécifique, une caisse gérée par la profession, à l’équilibre et qui alimente le régime général. Les jeunes avocats font partie des plus inquiets, comme Alexandra Pascal, qui exerce en Seine-Saint-Denis.

Alexandra Pascal, jeune avocate au barreau de Seine-Saint-Denis, mobilisée contre cette réforme des retraites qui, selon elle, va tuer les petits cabinets
Alexandra Pascal, jeune avocate au barreau de Seine-Saint-Denis, mobilisée contre cette réforme des retraites qui, selon elle, va tuer les petits cabinets © Radio France / Sophie Parmentier

Alexandra Pascal s'est battue pour devenir avocate. Un métier qu'elle exerce depuis l'an dernier, avec une "passion viscérale". Elle l'a choisi, "par vocation", après de longues et brillantes études, à Paris II puis Lyon III. A la faculté, elle a décroché une thèse sur "La justice pénale et les médias, approches juridique et sociologique".  Puis elle a réussi le concours du barreau. Et a opté pour le barreau de Seine-Saint-Denis, "par conviction", avec un coup de coeur pour le département le plus pauvre de France, où elle sait l'utilité des avocats pénalistes. 

À 35 ans, Alexandra Pascal doit réaliser en ce début février son rêve de gosse : s'installer à son compte, dans son propre cabinet, pour défendre des délinquants aux vies souvent cabossées. Mais cette installation, dont elle se réjouissait tant, est en train de virer à l'angoissant cauchemar, depuis l'annonce de ce projet de réforme des retraites : "Commencer dans des conditions pareilles, où l'avenir c'est 28% de cotisations de retraite, le double d'avant, c'est extrêmement inquiétant". 

"J'ai des craintes, sur la possibilité de faire tourner mon cabinet en continuant à défendre des gens avec l'aide juridictionnelle"

L'aide juridictionnelle est accessible aux justiciables les plus démunis. Le seul moyen pour que les avocats de ces justiciables peu fortunés, se fassent rémunérer. Or, avec la réforme, Alexandra Pascal estime qu'elle ne pourra plus défendre. "La réforme va tuer cette défense-là", se désole-t-elle, et c'est notamment ce qui la met le plus en colère, avec ses consoeurs et ses confrères, qui estiment que chaque être humain a le droit d'être défendu, quels que soient ses moyens, son histoire, ses actes. Avec cette réforme, 70% des habitants de Seine-Saint-Denis, éligibles à l'aide juridictionnelle, ne pourraient plus être défendus, s'inquiète Alexandra Pascal.  Car cette aide, peu importante, ne suffira plus à faire vivre les avocats qui ont choisi, comme elle, de ne faire que du droit pénal, pour défendre les auteurs ou victimes de délits et de crimes. L'avocate commence aussi à se spécialiser dans le droit des étrangers. Elle n'a pas fait ces choix pour faire fortune, mais s'alarme quand même de ne plus arriver à boucler correctement les fins de mois et assurer les charges de son tout nouveau cabinet. 

"Il faut arrêter avec le cliché de l'avocat qui roule sur l'or", s'emporte Alexandra Pascal

Alexandra Pascal assure que le revenu médian d'un avocat est de 23 000 euros par an, en Seine-Saint-Denis. Avec la réforme, après déduction d'impôt, elle ne toucherait dit-elle, que 1900 euros par mois. "Certes, c'est mieux que le SMIC. Mais j'ai fait de longues années d'études. Etre avocate, c'est aussi travailler souvent jusqu'à minuit, et le week-end, pour des gardes-à-vue. Je ne me plains pas mais je refuse cette réforme injuste", tempête-t-elle. Avec ses jeunes confrères et consoeurs de Seine-Saint-Denis ou de toute la France, elle ira défiler ce lundi encore à Paris, pour réclamer le retrait de la réforme. Dans l'espoir de faire plier le gouvernement, alors que le Premier ministre a reporté à mardi sa rencontre avec les représentants des avocats.

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