Mercredi, la Cour d'assises des Pyrénées-Orientales s'est penchée sur le viol et le meurtre de Marie-Hélène Gonzalez. Dans le box, Jacques Rançon est resté toute la journée immobile, les yeux rivés au sol. Incapable d'expliquer ses actes.

Jacques Rançon continue de ne pas vouloir s'expliquer
Jacques Rançon continue de ne pas vouloir s'expliquer © AFP / L'Indépendant / Michel Clémentz

"Elle était pleine de vie, elle était heureuse, joyeuse", commence Nathalie. À 43 ans, cette femme brune et menue évoque la mémoire de Marie-Hélène Gonzalez, tuée à l'âge de 21 ans, en juin 1998. "C’était mon amie, c’était Marie", dit-elle joliment. "Une fille extra, qui était toujours là pour les autres ; elle voyait jamais le danger. Je l’aimais, quoi"

Sur le banc des parties civiles, la mère, la sœur, le frère de Marie-Hélène, serrés les uns contre les autres, pleurent doucement. La jeune femme était vendeuse dans un commerce d'Argelès. Ce soir-là, elle rentrait chez ses parents, en stop depuis la gare de Perpignan. "On faisait souvent du stop sur cette route", raconte son amie, "elle était plus forte que moi, avec elle, je me sentais protégée"

Une audience souvent insoutenable pour la famille

Quelques heures plus tôt, c’est la colère qui avait fait violemment irruption dans le prétoire. Les deux frères de Marie-Hélène Gonzalez se sont jetés sur le box vitré, debout sur la table des avocats de la défense, pour essayer de frapper Jacques Rançon, avant d’être rapidement maîtrisés. 

Ils avaient revécu, toute la matinée, le calvaire de leur sœur : le rapport d'autopsie, les photos de la reconstitution du crime, et puis le récit du meurtre, débité d’une voix plate par l’accusé. "Je l’ai prise en stop près de la gare. Je l’ai amenée dans un terrain vague. J’ai mis son siège en couchette, je me suis mis sur elle, j’ai essayé de lui faire l’amour", récite Jacques Rançon. 

La jeune femme résiste, se débat. "J’ai pris un fil électrique dans la boîte à gants, je l’ai étranglée. Après", continue-t-il, "je l’ai tirée sur le terrain vague, je lui ai coupé la tête et les mains, et je lui ai ouvert le ventre." 

"Pourquoi ?" demande le président.
"Pour pas qu’on la reconnaisse", réplique l'accusé du tac au tac. Ce sera sa seule explication. 

"Qu’avez-vous ressenti ?" relance le président.
"Je ne sais pas. Je sais plus. C’est au fond de moi, j’y pense plus." 

Il formule maladroitement ce qui ressemble à des excuses : "Je regrette qu’elle ait croisé ma route. J’ai pas les mots pour expliquer ce que j’ai fait".

"Il reste du temps d’ici la fin du procès", conclut le président. "A un moment ou un autre, il va falloir trouver les mots, Monsieur Rançon".

► SUIVRE | Le compte rendu de procès sur Twitter avec Corinne Audouin

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