Le 10 septembre 1977, la France procédait à l’exécution de son dernier condamné à mort. La sentence ultime a été abolie quatre ans plus tard.

La guillotine a été actionnée une dernière fois le 10 septembre 1977 par la justice française, à Marseille, pour l'exécution de Hamida Djandoubi.
La guillotine a été actionnée une dernière fois le 10 septembre 1977 par la justice française, à Marseille, pour l'exécution de Hamida Djandoubi. © AFP / DAMIEN MEYER

Peu avant l’aube, dans l’enceinte de la prison des Baumettes à Marseille, Hamida Djandoubi, 27 ans, passe sur la guillotine après avoir fumé deux cigarettes et bu un dernier verre de rhum. Hamida Djandoubi se voit refuser une troisième cigarette par le bourreau, qui s'impatiente. La veille, sa grâce a été rejetée par le président Valery Giscard d’Estaing : il sera le dernier détenu exécuté par la justice française.

Monique Mabelly, doyenne des juges d'instruction de la ville, a été désignée pour faire partie des témoins de la scène. En rentrant chez elle, elle consigne par écrit ses impressions.

"Un bruit sourd"

"J'entends un bruit sourd. Je me retourne - du sang, beaucoup de sang, du sang très rouge -, le corps a basculé dans le panier". Le Monde, en 2013, publie ce document, fourni par l'ancien garde des Sceaux Robert Badinter, qui a fait abolir la peine de mort en 1981. Ce même texte, le magistrat l’a aussi transmis aux étudiants de l’école Nationale de la Magistrature en 2016. La magistrate y décrit toute la scène, du moment où le condamné est réveillé jusqu'à cette effusion de sang, rincée par un gardien avec un tuyau d'arrosage pour "vite effacer les traces du crime".

Reconnu coupable d'avoir torturé et assassiné sa compagne Elisabeth Bousquet, son pourvoi en cassation est rejeté. Le 10 septembre 1977, il est réveillé peu avant 4h du matin pour son exécution. Il met sans un mot sa prothèse de jambe ( un accident de motoculteur quand il était employé d'une jardinerie) avant d'être conduit sans résistance jusqu'à un préau de la prison. "Un silence particulièrement angoissant (...) qui dure près de 40 minutes", décrit à l'AFP l'un des avocats de Djandoubi, Me Jean Goudareau. Hamida Djandoubi ne laissera aucun mot sur la feuille mise à sa disposition.

Le tournant tardif de l'abolition en 1981

Après Christian Ranucci en juillet 1976, pour l'enlèvement et le meurtre d'une fillette, et Jérôme Carrein en juin 1977 pour l'enlèvement, le viol et l'assassinat d'une autre fillette, Djandoubi est le troisième condamné exécuté sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing - qui s'était pourtant dit hostile à la guillotine pendant la campagne présidentielle de 1974.

C'est sous la présidence de son successeur François Mitterrand, par la loi du 9 octobre 1981, que la peine de mort sera abolie en France. C'est le dernier pays d'Europe de l'Ouest à avoir sauté le pas, mais il faudra quand même attendre 2007 pour que le président de la République Jacques Chirac fasse inscrire dans la Constitution française que "nul ne peut être condamné à la peine de mort".

La peine de mort encore en vigueur dans 57 pays

Aujourd'hui à travers le monde, la peine de mort est encore en vigueur dans 57 Etats et territoires ( parmi lesquels les États-Unis, la Chine, Cuba ou l'Afghanistan), et 23 pays ont procédé à des exécutions en 2016 (source : Ministère des Affaires Etrangères).

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